Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°925, daté mars 2024.
Paris, 1774. Le premier volume de suppléments à l'Histoire naturelle, générale et particulière rédigée par Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, sort des presses de l'Imprimerie royale. Les exemplaires sont vite épuisés : l'œuvre colossale que Buffon a commencé à publier vingt-cinq ans plus tôt réunit un lectorat fidèle, presque autant que l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (parue à partir de 1751).
Un texte retient l'attention : "Expériences sur le progrès de la chaleur dans les corps". Sous ce titre général, le savant révèle les travaux qui lui ont permis d'estimer l'âge de la Terre. C'est un tournant : pour la première fois, une démarche scientifique basée sur l'expérimentation est appliquée à une question qui n'avait jusqu'alors trouvé l'essentiel de ses réponses que dans les mythes et la religion.
Certes, avant lui, cette question n'a pas été soulevée avec le même empressement à toutes les époques ni sous toutes les latitudes. Un exemple parmi les plus notoires : la Terre qu'Aristote envisageait "au centre et immobile " dans son traité Du ciel, existait aussi selon lui de toute éternité… Or, pour qu'il y ait âge, il faut qu'il y ait d'abord naissance, ou plutôt ici cr...
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