[DOCUMENT] L'interrogatoire de Missak Manouchian par la police française en 1943

Sylvain Boulouque - Slate FR - 20/02
Tout juste arrêté, le résistant arménien est entendu à la préfecture de police de Paris, le 16 novembre 1943. À l'occasion de l'entrée au Panthéon de Missak Manouchian et de sa femme Mélinée, ce mercredi 21 février, nous publions l'intégralité du procès-verbal de cet interrogatoire.

Missak Manouchian, filé depuis plusieurs semaines, est arrêté avec Joseph Epstein le 16 novembre 1943 à 10h du matin, à quelques centaines de mètres de la gare d'Évry-Petit Bourg (Essonne), après avoir tenté de fuir et de tirer sur les policiers. Il est conduit à son domicile officiel, situé au 11 rue de Plaisance dans le XIVe arrondissement de Paris.

Les policiers découvrent aussi la clé du logement de Mélinée Manouchian, sa femme, où ils mettent la main sur de nombreux documents. Missak Manouchian explique la signification des papiers qu'il a sur lui, comme on peut le lire dans l'interrogatoire à retrouver ci-dessous. Dans la journée du 16 novembre 1943, Olga Bancic, Marcel Rajman et Josef Svec, eux aussi membres des Francs-tireurs et partisans – Main-d'œuvre immigré (FTP-MOI), sont arrêtés.

Conduit à la préfecture de police de Paris, Missak Manouchian passe rapidement aux aveux, comme Joseph Davidovitch (ou Dawidowicz) avant lui, comme son chef Joseph Epstein (dit colonel Gilles) et comme l'immense majorité des résistants arrêtés. Les documents trouvés sur lui et chez Mélinée Manouchian sont d'autant plus confondants qu'ils sont complétés par les aveux de Joseph Davidovitch et par les filatures. Plusieurs policiers l'interrogent, prennent des notes et retranscrivent les propos de Missak Manouchian.

Le lendemain, les brigades spéciales de la préfecture de police décident d'arrêter l'ensemble des militants et combattants filés depuis plusieurs semaines, saisissant armes et documents compromettants. Plusieurs d'entre eux arrivent à prendre la fuite. Au total, il y a eu soixante-huit arrestations: vingt-et-une condamnations à mort avec exécution par les nazis au Mont-Valérien (Suresnes, Hauts-de-Seine), seize déportations à Auschwitz-Birkenau (actuelle Pologne) et trente-et-une autres dans les camps de concentration. Seuls quelques-uns survivront.

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Les mentions «S.I.» et «S.N.I.» correspondent à de nouvelles auditions au fur et à mesure de l'interrogatoire. Des précisions et commentaires ont été ajoutés par nos soins [ent...
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