«The Office», vive la vie de bureau moche

Maxime Delcourt - Slate FR - 18/02
Elle n'aurait pu être qu'une série comique de plus. En neuf saisons et 201 épisodes, la version américaine s'est au contraire imposée comme la parfaite représentation du petit monde de l'entreprise.

Le thème de la vie au bureau est un terrain vaste pour l'univers sériel, plus ou moins exploré depuis quelques années. À peine a-t-il été défriché en France par des séries comme Caméra café, WorkinGirls ou Le bureau des légendes. En Amérique, c'est un peu pareil: il y a eu The Newsroom, Profit ou The Good Wife, mais peu se sont engouffrées aussi bien dans la brèche –à l'exception de Mad Men, avec une esthétique plus stylisée sans doute– et semblent avoir poussé l'analyse aussi loin que The Office.

Adaptée par Greg Daniels (également derrière Parks and Recreation) de la série anglaise du même nom, créée par Ricky Gervais et Stephen Merchant, The Office est peut-être LA véritable satire du monde du travail. Alors certes, elle ne cherche en aucun cas à retranscrire des faits réels, mais elle fait tout pour paraître authentique, que ce soit par son approche visuelle –le fameux style mockumentaire piqué à Curb Your Enthusiasm, parfait pour dire l'indicible en un regard– ou par ses petites piques planquées sous des tonnes de situations hilarantes, qui parviennent à rendre captivant le quotidien a priori rasoir de trentenaires bien calés dans leur monde rural.

«Aux États-Unis, il y a une tradition de la “work sitcom”, à l'image de ce que proposait le Mary Tyler Moore Show dans les années 1970, resitue Adrien Dénouette, auteur de Jim Carrey: L'Amérique démasquée. À l'instar de Malcolm, The Office s'inscrit toutefois dans un bouleversement à la fois formel (la caméra unique, la fin des rires enregistrés…) et moral, dans le sens où la sitcom ne fait désormais plus la promotion du rêve américain sponsorisé par General Motors, avec le foyer et le travail comme lieux d'épanouissement absolu. Grâce à ces deux séries, on entre au début des années 2000 dans une époque où l'Amérique ne croit plus en sa propre fiction de la réalité.»

Dès l'épisode pilote, le ton est donné: basée dans une petite ville paumée des États-Unis, à Scranton, l'ancien pays minier de Pennsylvanie, la compagnie de papeterie Dunder Mifflin vit une période de crise et la direction de la boîte, basée à New York, envisage de fermer une des branches de la société. L'ambiance est tendue, le personnel s'interroge, et le boss Michael Scott doit apprendre à gérer une société économiquement instable. 201 épisodes et neuf saisons plus tard, Dunder Mifflin aura d'ailleurs changé plusieurs fois de dirigeants et d'actionnaires, fermé certaines branches et réduit les effectifs.

Absurdité sur le lieu de travail

Pour appuyer une réflexion sur la place du travail dans notre s...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...