Livres : nos coups de cœur de février

LePoint - 17/02
Cette rentrée littéraire hivernale, entamée en janvier, mérite un second tour d’horizon. Voici nos ouvrages favoris.

Comment s'y retrouver face l'offre pléthorique de cette rentrée littéraire hivernale, qui court jusqu'au printemps ? Le premier roman, inédit, de Leonard Cohen, le nouveau grand livre de Barbara Kingsolver, le rêve d'un pêcheur du Cameroun conté par Hemley Boum, le cruel secret de famille du Suédois Alex Schulman. Ou encore, en section rattrapage, la liaison taboue traitée de façon plus qu'originale par Pascale Kramer… Voici notre sélection de livres de début d'année. À vos choix !

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Le vrai premier roman de Leonard Cohen

Suzanne », « So long, Marianne »… Ces chansons, d'emblée éternelles, figuraient déjà dans Songs of Leonard Cohen, le premier album du Canadien, sorti en 1967, tellement poétique, tellement littéraire… Justement. Outre-Atlantique, Leonard Cohen (1934-2016), dix ans avant son entrée dans la chanson, était déjà connu comme poète. Il n'a que 21 ans quand paraît Let Us Compare Mythologies, son premier recueil, et devient vite une figure culte de la Beat generation. Durant ces mêmes années 1950, le jeune Montréalais s'essaie aussi au roman, mais personne ne veut publier, à l'époque, Un ballet de lépreux, découvert dans ses archives et qui paraît enfin aujourd'hui. De son vrai premier roman, Cohen disait d'ailleurs qu'il était « probablement meilleur » que celui jusqu'alors considéré comme inaugural : Jeux de dames (The Favorite Game), paru en 1963, traduit en France – comme le suivant, Les Perdants magnifiques – chez Christian Bourgois, romans réédités en poche après la disparition de l'auteur. À titre posthume, aussi, les Éditions du Seuil ont publié, en 2018, The Flame, poèmes, notes et dessins rassemblés par Cohen lui-même, livre présenté comme son « testament ».

Autant dire qu'une œuvre littéraire est bien là. Et que Leonard avait raison. Son vrai premier roman est encore plus emballant que le « faux ». Un régal de chaque page, le creuset de tous les thèmes qui nourriront l'univers du créateur. Son irrésistible narrateur trentenaire récupère en gare de Montréal un grand-père dont il n'avait plus aucune nouvelle et qu'il doit prendre en charge contre toute attente. Employé de bureau, le héros vit modestement chez sa logeuse, n'en finit pas de finir sa relation avec Marylin. L'arrivée de cet aïeul surprise et désinhibé rompt sa solitude d'orphelin. Leur relation alterne moments tendres et situations ingérables, du plus haut comique. Il faut « voir » le grand-père draguant la logeuse tout en encourageant l'union de Marylin et de son petit-fils, lequel brille par sa lâcheté en promettant un mariage qu'il ne désire pas…

Et ce n'est pas tout. Est-ce l'influence du grand-père ? Un jeu pervers ? Un besoin d'exister ?… Voilà en prime que le héros se met à martyriser un collègue, puis un pauvre type, avec une stupéfiante cruauté. Entre les élans du cœur et du corps, les ...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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