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L'info passée au crible
Après un teaser soigneusement pensé et plus de 24 heures d’attente, Tucker Carlson a fini par publier son entretien exclusif avec Vladimir Poutine, réalisé depuis le Kremlin. Mardi 6 février, le président russe a répondu pendant plus de deux heures aux questions de l'ancien présentateur de Fox News, passé maitre dans l’art de la désinformation. L’occasion pour lui de livrer en détail sa vision de l’histoire, mais aussi de réinventer le récit autour de la guerre qu’il mène depuis 2014 sur le sol ukrainien. La cellule des Vérificateurs a sélectionné quatre propos de Vladimir Poutine, qu’elle a passés au crible.
Pour débuter, le président russe a souhaité partager (pendant plus de 30 minutes) sa vision de l’histoire de l'Ukraine, qu'il ne considère pas comme un État à part entière. "D'où vient l'Ukraine ? L'État russe a commencé à se regrouper en tant qu'État centralisé", a assuré Vladimir Poutine, avant d’évoquer la période soviétique où "pendant des décennies, la République soviétique d'Ukraine s'est développée dans le cadre de l'URSS". L’idée selon laquelle l’Ukraine n’est qu’une partie historiquement rattachée à la Russie est ancrée au sein du pouvoir russe.
Pour Alexandre Riou, historien spécialiste de l’Europe centrale rattaché à la Fondation Jean-Jaurès, cela "s'apparente à une forme de négationnisme de la réalité étatique ukrainienne". Il faut remonter au Moyen Âge pour comprendre ce qui se joue ici. "La Russie kiévienne – un État médiéval né au IXe siècle et centré autour de l'actuelle Kiev – est considérée comme un État commun, patrie ancestrale qui a jeté les bases de la Russie et de l’Ukraine modernes", détaille Björn Alexander Düben, professeur en relations internationales à l'Université de Jilin (Chine), dans une note. Rien ne justifie pourtant que ce territoire appartient bien dans son intégralité à la Russie moderne.
Tucker Carlson's Putin interview (also available here, where Putin is not dubbed: https://t.co/r02Ho0MnSm ) covers a lot of familiar ground. There are a couple of interesting nuances, and I'll mention what they are below. Carlson's ignorance of facts shows throughout. Ignorance… — Sergey Radchenko (@DrRadchenko) February 9, 2024
Certes, l’histoire ukrainienne a pu être liée de près à l’histoire russe, rappelle à TF1info Alexandre Riou. Mais comme tant d’autres pays : "Prenez l’exemple de la République tchèque, de la Slovaquie et de l'Autriche, ou même de l'Autriche et de l'Allemagne. À certains moments, ces histoires sont toutes interconnectées, surtout dans le cadre européen. Et donc, à certaines périodes, on ne peut pas parler de l'histoire d'un peuple sans la mettre en perspective avec celle de son voisin. C'est le propre de toute société, de toute civilisation."
Pourtant, certains faits historiques sont encore considérés par les Russes comme la preuve d’une histoire commune. C’est le cas de la signature du traité de Pereïaslav en 1654, qui a fait passer toute la rive gauche du Dniepr sous le protectorat de la Russie et qui est considérée comme "la résurrection d’un lien fraternel ancien", d’après Rory Finnin, spécialiste de l’Ukraine à l’Université de Cambridge, dans une vidéo du Monde.
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L’Ukraine est nazie car elle a applaudi un ancien SS. Au-delà de l’argument historique, Vladimir Poutine justifie régulièrement l’invasion de l’Ukraine par le souci de "dénazifier" le pays et sa population. Un élément bien connu de la propagande russe. Mais à l’automne 2023, un an et demi après le début de la guerre, un événement est venu donner du grain à moudre au narratif du Kremlin. Ce que le chef de l’État n’a pas manqué d’évoquer face à Tucker Carlson. "Cette histoire est bien connue, mais elle est passée sous silence dans les pays occidentaux. Le parlement canadien a présenté un homme qui a combattu les Russes pendant la deuxième guerre mondiale. Il s'est avéré que cet homme a servi dans les troupes SS. Et l'actuel président de l'Ukraine l'applaudit au parlement canadien, lui faisant une ovation", a affirmé Vladimir Poutine, rappelant la nécessaire "dénazification".
Le 23 septembre 2023, le parlement canadien a fait applaudir sans le savoir un ancien soldat nazi ayant trouvé refuge sur son sol, en présence de Volodymyr Zelensky qui se trouvait en visite officielle. Il s’avère que l’homme de 98 ans s’est bien battu pour l’indépendance de l’Ukraine... aux côtés de la Waffen SS. Nous avons pu retrouver des anciens récits de cet homme ayant changé de vie et des photographies le montrant en Ukraine, avec la division Waffen SS de Galicie. L’affaire, aussitôt utilisée par le camp prorusse, a indigné dans le monde entier et a poussé le président du parlement à démissionner. Par ailleurs, prétendre que l’affaire a été "passée sous silence dans les pays occidentaux" est faux. Ici même, nous avons traité cette histoire, tout comme Le Monde, le Guardian ou encore le New York Times.
"Je ne comprends pas pourquoi les soldats américains devraient se battre en Ukraine. Il y a des mercenaires américains là-bas. Le plus grand nombre de mercenaires vient de Pologne, avec des mercenaires des États-Unis en deuxième position et des mercenaires de Géorgie en troisième position", a encore indiqué Vladimir Poutine au cours de...
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