Mort de Robert Badinter : ses combats de toujours, il les avait aussi racontés au théâtre

LCI - 09/02
[VIDÉO] - Décédé à l'âge de 95 ans, Robert Badinter a marqué de son empreinte la vie politique et judiciaire de la France d'après-guerre.Ses combats de toujours lui avaient inspiré trois pièces de théâtre, écrites et mises en scène au soir de son existence.

Décédé à l'âge de 95 ans, Robert Badinter a marqué de son empreinte la vie politique et judiciaire de la France d'après-guerre.
Ses combats de toujours lui avaient inspiré trois pièces de théâtre, écrites et mises en scène au soir de son existence.

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Robert Badinder est mort à 95 ans

Certains diront que l’un ne va pas sans l’autre. Avocat brillant, Robert Badinter était aussi un homme de théâtre. La soixantaine passée, il sera l’auteur de trois pièces qui font l’écho à ses combats de toujours. Dans C.3.3., jouée en 1995 au Théâtre de la Colline, il relate le séjour en prison pour homosexualité de l'écrivain britannique Oscar Wilde. 

Le titre de la pièce fait référence au numéro de la cellule où l’une plus grandes plumes de l’Histoire de la littérature est enfermée après avoir été reconnu coupable de relations sexuelles avec un homme majeur. Un séjour qui va briser la vie et la carrière de cet homme marié et père de deux enfants, dans l’Angleterre victorienne de la fin du XIXᵉ siècle.

S'il est souvent présenté comme l'homme qui a porté l'abolition de la peine de mort, Robert Badinter fut également à l'origine de la loi du 4 août 1982 abolissant l'article du Code pénal qui établissait un délit spécifique d'homosexualité. "Il n’est que temps de prendre conscience de tout ce que la France doit aux homosexuels", avait-il lancé quelques mois plus tôt à l'Assemblée.

Des pièces écrites "en secret"

C’est dans une autre prison, celle de Fresnes, que Robert Badinter situe l’action de Cellule 107. En effectuant des recherches sur la fin de la Seconde guerre mondiale, il découvre que Pierre Laval, vice-président du conseil de Pétain, a tenté de se suicider avec du poison à la veille de son exécution par fusillade, le 17 août 1944.

Cette nuit-là, il reçoit la visite de René Bousquet, collaborateur notoire qui a échappé à la mort pour des faits de résistance. "À l’évocation de cette ultime rencontre entre ces deux hommes marqués d’infamie, mon imagination s’éveilla", racontera l’ancien ministre de la Justice qui invente alors le dialogue entre les deux hommes.

Mort de Robert Badinter : "Il est temps de lever l'ancre", quand il citait Baudelaire au moment d'évoquer sa mortSource : TF1 Info

Enfin dans Les briques rouges de Varsovie, Robert Badinter replonge dans sa douloureuse histoire familiale, lui dont le père Simon a été arrêté par la Gestapo avant de périr dans le camp de Sobibor, en Pologne. Dans cette pièce qui se déroule en 1943, il raconte la résistance du ghetto de Varsovie en imaginant, là aussi, le dialogue fictif entre un rabbin et un ouvrier membre du Bund, le mouvement révolutionnaire juif.

"Sur un rayon de ma bibliothèque, depuis près d’un demi-siècle, deux briques cassées sont posées", écrit-il en quatrième couverture pour expliquer le titre de la pièce, qui se joue actuellement à Lausanne. "Ce sont des fragments du mur qui entourait le ghetto de Varsovie, dont rien ne subsiste, hormis les souvenirs de quelques survivants et les écrits des contemporains."

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En 2018, ces trois pièces étaient réunies dans Théâtre I, un recueil publié chez Fayard. L’occasion pour leur auteur de raconter cette passion sur le plateau de "La Grande Librairie" sur France 5. "J’ai toujours aimé le théâtre. Au lendemain de la guerre, j’ai découvert son pouvoir d’envoûtement du troisième balcon où se juchaient les étudiants", se souvenait-il.

"La jeunesse s’est enfuie, mais la passion est restée", avouait Robert Badinter à François Busnel. "Elle devait porter ses fruits. J’ai écrit en secret des pièces de théâtre. Nombre d’ébauches ont pris le chemin de la corbeille à papier, mais quelques-unes ont échappé à ces excès de dépit amoureux".

Jérôme VERMELIN

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