Des petites fiches à en-tête de Matignon posées sur une botte de foin. Gabriel Attal, costume-cravate et micro sans fil, debout. A ses pieds, le sol jonché de terre, de gravier, de foin. Et derrière, assis sur un petit banc sans dossier, des ministres et des agriculteurs entremêlés, seulement trahis par leur code vestimentaire, costume anthracite et chemise blanche de rigueur pour les Parisiens, pull-over pour les locaux. Ce vendredi 26 janvier, le gouvernement met en scène la réunion du pouvoir central et de la paysannerie, dans une ferme de Montastruc-de-Salies, en Haute-Garonne. Propos conciliants, annonces favorables, et tout de même cette impression persistante d’assister à une rencontre du troisième type, un mélange de l’eau et de l’huile renforcé par les ficelles de la communication contemporaine.
Les hommes politiques incarnent ce que, sur les barrages d’agriculteurs, on désigne, depuis le début du mouvement de colère, le 16 janvier, sous le nom générique de "Paris". Un pouvoir technocratique, froid et déconnecté des souffrances du "terrain", comme disent les manifestants. On entend aussi parler des "ministères", ces lieux où des fonctionnaires tatillons passeraient leur temps à élaborer des règles sanitaires ultra-précises, chacun dans leur coin, et charge aux paysans de se débrouiller avec ça. "On a aujourd’hui des fonctionnaires chargés de produire de la norme en fonction d’objectifs précis. On leur demande de protéger l’environnement, mais ils fonctionnent en silos, alors on a des normes pour les nitrates, des critères pour protéger les cours d’eau, pour les produits phytosanitaires… Et au bout du compte on demande à l’agriculteur de maîtriser le sujet aussi précisément que le fonctionnaire qui rédige ces normes, alors forcément ça ne fonctionne pas", témoigne Christophe Hillairet, le président de la chambre d’agriculture d’Ile-de-France, depuis son barrage routier de Saint-Arnoult-en-Yvelines.
Le constat est connu de longue date, y compris du gouvernement. Cinq ministres de l’Agriculture en six ans, et surtout trois lois en cinq ans, censées équilibrer "les relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire" et garantir "une alimentation saine, durable et accessible à tous". En clair, il s’agissait de sécuriser un meilleur revenu pour les exploitants et de leur donner plus de poids face aux industriels. Egalim est le nom barbare donné à cet ensemble de textes, le secteur raffole des mots-valises ésotériques. Epeler ces trois syllabes fait grimacer n’importe quel paysan. Les lois en question font partie des raisons de la révolte, lancée avec le mouvement des "panneaux retournés", à l’automne 2023, ces pancartes de communes renversées un peu partout sur le territoire, comme un symbole du fait qu'"on marche sur la tête", répètent la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles et les Jeunes agriculteurs. A l’origine, pourtant, en 2018, des objectifs louables, un seuil de 20 % de produits bio dans la restauration collective à l’horizon 2022. Las, la moyenne nationale plafonne à 7 %, tandis que la filière souffre.
D’innombrables failles discréditent le dispositif. Non-négociabilité du coût des matières premières, mécanisme de révision automatique des prix… En théorie, industriels et distributeurs doivent respecter un ensemble de mesures lors de leurs pourparlers annue...
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