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La chute d'Azovstal à Marioupol, ville martyre de l'invasion russe
On ne sait pas grand-chose d'eux, sinon qu'ils se présentent comme des habitants de Marioupol. Sur une vidéo postée sur les réseaux sociaux, on les voit rassemblés devant des bâtiments en ruines. Ils s'adressent directement à Vladimir Poutine, avec respect, et lui demandent d'intervenir pour la reconstruction de leurs logements. Car si le maître du Kremlin présente la ville de Marioupol comme une vitrine de la russification des régions annexées, la plupart des logements n'ont pas même été débarrassés de leurs gravats, depuis la fin du siège de la ville, en mai 2022. C'est ce dont débattent les experts réunis autour de Christophe Moulin, sur le plateau de LCI, dans la vidéo en tête de cet article.
Le bombardement de cette ville du sud-est de l'Ukraine, au bord de la mer d'Azov, a commencé dès le premier jour de l'offensive russe, le 24 février 2022. À partir du 1ᵉʳ mars, la ville est privée d'électricité, et l'armée russe commence un siège qui va durer presque trois mois, jusqu'à la reddition des derniers soldats ukrainiens, retranchés dans l'usine d'Azovstal. La cité portuaire de Marioupol est depuis devenue un symbole pour chacun des belligérants. Le camp ukrainien la perçoit comme une ville martyre, détruite à 90%, vidée de l'essentiel des 431.000 habitants qu'elle comptait en 2021, et exalte l'héroïsme de ses derniers défenseurs.
Pour Moscou, inversement, c'est la ville-témoin du retour de l'Ukraine dans le giron russe. De nombreuses vidéos montrent sa reconstruction rapide, qui voit émerger des quartiers flambant neufs, où il fait bon vivre. En mars dernier, Vladimir Poutine y a effectué sa première visite en zone conquise, la parcourant à bord d'une voiture qu'il conduit lui-même, et vantant les quartiers rénovés comme un agent immobilier. Mais sous le vernis à peine sec, la réalité est très différente pour les habitants restés à Marioupol, comme le montrait le reportage de TF1 ci-dessous, tourné dans la ville en décembre dernier.
Car la plupart des bâtiments neufs ont été construits à la périphérie de la ville, créant des quartiers que presque personne n'occupe, et que leurs prix prohibitifs réservent à une élite, ou à une population venue de Russie – qui pour l'instant n'arrive pas.
Les vrais habitants de la ville, qu'ils soient russophiles ou contraints à y rester, subsistent dans une effroyable précarité, et dans des logements insalubres. Ceux qui interpellent Poutine dans les vidéos en ligne dénoncent aussi "l'anarchie" qui règne dans la ville, et appellent à "faire respecter la loi russe". Ils s'estiment spoliés par les promoteurs immobiliers qui usurpent leur droit à la reconstruction pour s'enrichir, laissant de côté les intérêts des habitants eux-mêmes. Les maisons ont été démolies dans certains quartiers, sans qu'aucun chantier pour les remplacer ne semble prévu, constatent-ils.
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"C'est le bâtiment russe dans toute sa splendeur", dénonce Natalia Turine sur le plateau de LCI. Pour cette éditrice russe, ce secteur charrie avec lui des pratiques de corruption éprouvées, qui peuvent multiplier les coûts par 6 ou 7 en détournant des fonds à chaque étape des chantiers. "Les nouvelles villes que Poutine construit après les avoir rasées, c'est ça", conclut-elle, "ils ne se soucient même pas de faire de vrais bâtiments".
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