Jean Malaurie est né en 1922. Son œuvre majeure, Les Derniers rois de Thulé, publiée en 1955 chez Plon dans la collection Terre Humaine qu’il avait fondée, a été traduite en 23 langues. Il a aussi publié les deux tomes de Hummocks, en 1999, toujours dans la même collection et l’Allée des baleines, aux Editions Mille et une Nuits, en 2003. Il est décédé le 5 février 2024. Sciences et Avenir publie en son honneur l'entretien qu'il lui avait accordé en 2007, à l'occasion de l'Année polaire internationale.
Sciences et Avenir : Vous avez fait connaitre au monde entier les peuples du Grand Nord. Quels constats faites-vous en ce début d’Année polaire internationale ?
Jean Malaurie : L’Année polaire internationale est un grand rendez-vous, qu’il ne faut pas manquer. Mais je voudrais plaider une cause : nous avons longtemps méprisé les peuples "premiers" — que nous avons autrefois appelés "primitifs" de manière dédaigneuse et que les anthropologues russes appellent plus justement peuples "racines". Il ne nous est pas facile de les comprendre : ils préfèrent le silence et pratiquent la retenue. Nous sommes plutôt dans l’exubérance. Pour communiquer, il nous faut d’abord apprendre l’humilité : écouter dans un esprit de respect et déceler les signes qu’ils nous font parvenir. Nous n’avons pas su le faire, et c’est une perte totale pour notre civilisation : la sagesse de leurs anciens qui aurait pu nous guider dans le monde actuel nous a échappé à tout jamais. Nous bâtissons des musées dédiés à ces peuples. Mais il ne faut pas que nos salles d’exposition deviennent les cimetières de ces civilisations. Leur pensée nous fait cruellement défaut.
L’Année polaire arrive à point nommé, donc...
Oui, mais il me semble que nous...
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