Pesticides : la France pourrait changer sa manière de les mesurer et voici comment

LCI - 05/02
[VIDÉO] - La "pause" sur le plan Ecophyto n'est pas un arrêt, assure le gouvernement.Une nouvelle stratégie pourrait être dévoilée dès le Salon de l'agriculture, le 24 février, basée sur un nouvel indicateur pour dénombrer l'usage des produits chimiques.Censé pondérer les usages en fonction de la toxicité, il conduit en fait à des résultats étonnants.

La "pause" sur le plan Ecophyto n'est pas un arrêt, assure le gouvernement.
Une nouvelle stratégie pourrait être dévoilée dès le Salon de l'agriculture, le 24 février, basée sur un nouvel indicateur pour dénombrer l'usage des produits chimiques.
Censé pondérer les usages en fonction de la toxicité, il conduit en fait à des résultats étonnants.

Le service après-vente n'a pas été facile. Jeudi, le gouvernement annonçait "une pause" et une "mise à l'arrêt" du plan Ecophyto, qui doit fixer la trajectoire de baisse des pesticides de moitié d'ici à 2030 (par rapport à 2015-2017). Associations et oppositions ont dénoncé un retour en arrière, jugé dangereux pour la santé humaine, pour les écosystèmes et même, à long terme, pour les agriculteurs. Depuis, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu et celui de l'Agriculture Marc Fesneau essaient d'expliquer ce que signifie cette "pause".

La baisse des pesticides est "une trajectoire sur laquelle nous ne reviendrons pas" et il est "hors de question qu'il y ait un recul qui menace la santé ou la biodiversité", a ainsi assuré le premier dimanche lors du Grand Jury-RTL-M6. "Il n'a pas été dit qu'on arrêtait le plan Ecophyto", a-t-il ajouté, même si dans les faits, Gabriel Attal a utilisé l'expression "mis à l'arrêt". "La pause, ce n'est pas la marche arrière", a, lui aussi, assuré Marc Fesneau sur LCI.

La France compte le nombre de doses utilisées

Selon Christophe Béchu, l'objectif de baisse de 50% des pesticides d'ici à 2030 n'est pas abandonné. Et pourrait aboutir sous forme d'une nouvelle stratégie d'ici à l'ouverture du salon de l'agriculture le 24 février. Comment ? En déployant un nouvel indicateur de mesure de l'usage des pesticides.

Pour l'heure, la France utilise le "Nodu", le nombre de doses unité. Celui-ci mesure les quantités de pesticides utilisées en fonction des surfaces traitées. La France est passée d'un Nodu de 82 en 2009 à 120,3 en 2018, avant de revenir à 85,7 en 2021. Le plan initial visait un Nodu de 50 en 2030.

Calculer le nombre de doses utilisées, c'est fausser le résultat.
Eric Thirouin, président de l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales

Mais selon une partie des agriculteurs, ce n'est pas le bon calcul : en utilisant un autre indicateur, le HRI-1, déployé au niveau européen, ils estiment avoir baissé de 46% leur usage de pesticides en 20 ans. "À partir du moment où on remplace un produit efficace, mais considéré comme nocif, par un produit moins efficace, on est obligé de le passer plus souvent dans les champs, explique ainsi le président de l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB), Eric Thirouin. Calculer le nombre de doses utilisées, c'est fausser le résultat, avec un indicateur qui n'est pas le même que celui utilisé dans d'autres pays européens." 

Comment fonctionne le HRI-1? D'abord il s'agit de l'indicateur de risque harmonisé retenu pour évaluer la mise en œuvre du Green Deal en Europe. Il fait partie du règlement sur les pesticides, rejeté par le Parlement européen à l'automne, mais qui devrait revenir, sous une forme ou une autre, dans le débat. 

L'indicateur européen est-il plus fiable?

Le HRI-1 est calculé en prenant en compte deux variables : les quantités de substances actives mises sur le marché et les facteurs de pondération en fonction de leur toxicité. Sur le papier, il paraît donc judicieux : car il prend en compte la toxicité des produits, et non la seule quantité utilisée en fonction des surfaces traitées, comme le Nodu.

Mais en pratique, c'est évidemment plus compliqué. Les fameux facteurs de pondération classent en quatre groupes les pesticides : les "substances actives pesticides à faible risque" (facteur de pondération un – en anglais "WF1"), "les candidats à la substitution" (WF16), "les substances actives non approuvées" (WF64) et les "substances actives approuvées qui n'appartiennent à aucun groupe" (WF8). 

Des exemples alarmants

Selon l'ONG Générations futures, qui a mené de nombreuses études sérieuses sur le sujet des pesticides, parmi les substances actives approuvées, "80% se trouvent dans le groupe des 'substances qui n'appartiennent à aucun groupe'". Ainsi, le HRI-1 va mesurer le même risque "pour un kilogramme d'agent neurotoxique, comme l'insecticide hautement toxique pour les abeilles deltaméthrine, que pour un kilogramme de sable quartzeux, même si ce dernier n'est évidemment pas dangereux", et utilisé en agriculture biologique. 

L'association prend des exemples concrets, en comparant le soufre, utilisé en agriculture biologique pour lutter contre un champignon (maximum 6,4 kg par hectare). En agriculture conventionnelle, les viticulteurs utilisent un fongicide, le Penconazole (maximum 32 grammes par hectare). Les deux substances sont classées "substances actives qui n'entrent dans aucune catégorie", et ont donc un facteur de pondération de 8 : "Le HRI-1 mesure un risque 200 fois plus élevé pour une s...
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