Favorable à une fin de l'intervention militaire en Ukraine, Boris Nadejdine souhaite se présenter à l'élection présidentielle russe qui se tiendra du 15 au 17 mars 2024. Après avoir déposé les 100.000 signatures requises pour entériner sa candidature, ce libéral de 60 ans est pourtant dans l'attente : il a désormais besoin du feu vert de la commission électorale centrale, en charge de l'étude des parrainages. Sans son aval, il ne pourra pas prendre part au scrutin.
Dans quel état d'esprit se trouve cet homme, qui apparaît comme l'un des seuls réels opposants déclarés à Vladimir Poutine ? Pense-t-il pouvoir mener jusqu'au bout sa candidature, dans un pays où l'opposition demeure très largement muselée ? Interrogé par FranceInfo, l'ancien député de la Douma s'est livré.
Boris Nadejdine le reconnaît : les événements se sont enchaînés très rapidement au cours des dernières semaines. "Nous n'avons reçu l'autorisation de collecter des signatures que le 28 décembre, alors que les vacances débutaient. Et au début, nous n'allions pas assez vite... Nous avons commencé avec 1000 signatures quotidiennes, alors qu'il en fallait au moins 10.000, car nous ne disposions que d'une vingtaine de jours." Un élan populaire lui a néanmoins permis d'arriver à ses fins, puisque "à partir du 16 janvier, il y a eu des réactions en chaîne", jusqu'à observer de longues files d'attentes devant les bureaux.
Cet engouement croissant, certains en Russie le mettent en doute. Des attaques ont commencé à le viser, ses détracteurs laissant entendre que le camp de Nadejdine aurait engagé des acteurs pour grossir les rangs des citoyens venant déposer leur signature de soutien. Des "accusations assez folles", réagit l'intéressé. "Que je puisse recruter 300 acteurs, déjà... Mais alors 200.000, c'est impossible. Il n'y en a même pas autant à Hollywood, ou même à Bollywood."
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L'enjeu, désormais, consiste à savoir si cette candidature ira à son terme. Le dernier mot revenant à la commission électorale centrale, derrière laquelle on retrouve l'ombre du Kremlin et d'un certain Sergueï Kirienko, directeur adjoint de l'administration présidentielle. Boris Nadejdine n'affiche pas une confiance exacerbée, d'autant qu'il a conscience d'être devenu un caillou dans la chaussure de Vladimir Poutine. "Honnêtement, si j'étais aujourd'hui à 1% dans les sondages, je n'aurais aucun doute sur la validation de ma candidature", avoue-t-il à FranceInfo. "Le problème, pour l'administration présidentielle et pour monsieur Sergueï Kirienko, c'est que ma cote est en train de monter. Il y a trois semaines, seuls 1,5% des sondés avaient l'intention de voter pour moi, mais ils étaient 10,4% la semaine dernière. Pour l'administration, cela devient donc compliqué de m'enregistrer."
Le sexagénaire assume par ailleurs son statut de seul candidat opposé à une poursuite du conflit militaire. Il explique ainsi avoir rédigé un document intitulé le "Plan de Nadejdine" pour organiser la fin de la guerre. Une fois la cessation effective des combats actée, il souhaiterait ainsi "entamer les négociations" avec l'Ukraine et les pays occidentaux, avec pour objectif "d'établir la paix en Europe". Plus que jamais, il réaffirme une conviction profonde, inscrite dans son programme : faire de la Russie "un pays libre et pacifique".
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