REPORTAGE - "Ici, ce n'est pas une vie" : les forçats des serres espagnoles

LCI - 03/02
[VIDÉO] - De l'autre côté des Pyrénées, en Andalousie, se trouve "la mer de plastique". 40.000 hectares de serres agricoles qui alimentent l'Europe en fruits et légumes. Ce "potager de l'Europe" fonctionne grâce à des milliers de travailleurs sans papiers, qui vivent dans des bidonvilles.

De l'autre côté des Pyrénées, en Andalousie, se trouve "la mer de plastique".
40.000 hectares de serres agricoles qui alimentent l'Europe en fruits et légumes.
Ce "potager de l'Europe" fonctionne grâce à des milliers de travailleurs sans papiers, qui vivent dans des bidonvilles.

À quelques kilomètres d'Almeria et des plages andalouses, il y a un lieu qui n'apparaît sur aucun guide touristique. Atochares est l'un des plus grands bidonvilles d'Espagne. Sur place, les habitations sont faites de palettes de bois, recouvertes de bâches de plastique. Idrissu, un jeune ghanéen de 31 ans, y vit depuis trois ans. "C'est moi qui ait tout bricolé", explique le jeune homme, au 20H de TF1. 

Son cabanon est composé de murs en cartons, d'un frigo et d'une vieille gazinière. Le jeune homme a réussi à improviser un raccordement pour avoir l'électricité. "Un jour, j'aurais des papiers et je pourrais partir d'ici et vivre bien. Ici, ce n'est pas une vie."

Il existe une soixantaine de bidonvilles, comme celui d'Atochares, dans la région espagnole d'Almeria. Toutes les personnes qui y vivent travaillent dans d'immenses serres, où sont récoltés des fruits et légumes, que l'on retrouve un peu partout dans nos supermarchés. C'est le "potager de l'Europe", que l'on l'appelle sur place "la mer de plastique". Ces serres à perte de vue s'étendent 40.000 hectares, soit quatre fois la taille de Paris.

Ni les autorités locales, ni les exploitants des fermes, n'ont souhaité répondre aux questions de nos journalistes. Dans les serres, les travailleurs ont donc été filmés en caméra discrète. Ils sont bien souvent recrutés, à la journée, sur les bords de routes et payés parfois deux fois moins que le salaire minimum légal, car sans papiers. 

Ce n'est plus de la pauvreté, c'est de la misère
Miquel Carmona, membre du syndicat andalou des travailleurs et des ouvriers agricoles

"Ils travaillent dans toute la zone. Des kilomètres et des kilomètres de serre", explique Miquel Carmona, membre du syndicat andalou des travailleurs et des ouvriers agricoles. Il vit régulièrement dans le bidonville d'Atochares, pour s'occuper des travailleurs. "Ils te payent combien? 5 euros de l'heure ?", lace-t-il à l'un des travailleurs, qui acquiesce. 

Miquel Carmano se bat pour tenter d'améliorer les conditions de vie de ces milliers d'hommes venus chercher une vie meilleure en Europe. Il a notamment obtenu la construction d'un point d'eau. "Un agriculteur du coin a accepté que l'on se raccorde à ses réserves d'eau. Mais c'est de l'eau d'arrosage pour les champs, elle n'est pas potable", confie-t-il. Mais, sous le soleil de plomb espagnol, les travailleurs n'ont d'autre choix que la boire, ou même de la transporter dans de vieux bidons qui contenaient des pesticides. "Ce n'est plus de la pauvreté, c'est de la misère", fustige le syndicaliste.

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Ces bidonvilles existent depuis une vingtaine d'années dans cette région d'Almeria. Pour l'heure, les autorités locales affirment n'avoir aucune solution pour loger ces travailleurs, qui alimentent une grande partie de l'Europe.

F.R | Reportage TF1 Julien Garrel et Héloïse Levêque

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