Compenser, panser pour ne pas repenser?

Axelle Ferrant - Le Devoir - 03/02
La forêt ne peut plus être appréhendée dans une approche instrumentale ou d’usage, clame l’anthropologue Arturo Escobar.

Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

L’idée de compenser les impacts environnementaux de nos modes de vie n’est pas nouvelle. Des historiens comme Jean-Baptiste Fressoz montrent que le concept de compensation était déjà utilisé au XVIIIe siècle pour compenser les dommages environnementaux causés par des installations industrielles.

Aujourd’hui, face à l’ampleur de la crise climatique et de la crise de la biodiversité, les recours aux compensations, notamment à la compensation carbone, se multiplient. Un exemple courant est illustré par les annonces d’États et d’entreprises qui s’engagent à planter des arbres pour compenser leurs émissions de CO2.

Le risque de telles annonces est de présenter ces mesures compensatoires comme des solutions aux crises écologiques actuelles. Ces compensations servent pourtant à panser les destructions infligées aux écosystèmes tout en nous évitant de repenser nos modes de vie. Cela revient un peu à continuer de naviguer dans un bateau qui prend l’eau en apposant des rustines, au lieu de changer de bateau, comme le suggèrent pourtant de plus en plus de chercheurs. Ce navire qui nous a conduits dans des eaux agitées est celu...
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