Une poignée de prix pour plus de 80 albums ! C’est la terrible loi du palmarès du festival de bandes dessinées d’Angoulême... Si, cette année, nous avons (plutôt) apprécié les choix des jurys du festival, nous n’avons pas pu nous empêcher d’avoir, comme chaque année, une pensée pour tous les nommés repartis bredouilles. Impossible pour nous de vous laisser passer à côté de certains de ces albums ! Voici dont un florilège de petites pépites, de belles découvertes et d’albums indispensables :
Par Mana Neyestani, traduit par Massoumeh Lahidji, Çà et là/Arte éditions, 208 p., 20 euros
Quel plaisir de retrouver un tel titre dans la sélection du festival d’Angoulême - et quelle déception de le voir repartir bredouille ! Première fiction de l’auteur, « Les Oiseaux de papier » se penche sur un drame social et politique bien réel en Iran : celui des « kolbars », ces contrebandiers kurdes dont plusieurs dizaines trouvent la mort chaque année, victimes de la gâchette facile des gardes-frontière iraniens, de mines antipersonnelles, d’avalanches ou tout simplement des rigoureux hivers de la région des monts Zagros, à la frontière de l’Iran et de l’Irak.
Symptôme d’une société appauvrie et d’un marché économique enclavé - victime à la fois de l’embargo occidental et des restrictions du régime iranien - cette contrebande kurde constitue un triste balais de produits du quotidien (couches, télévisions, aspirateurs…), bien souvent destinés à être vendus à Téhéran ! S’inspirant de cette tragédie de tous les jours, Mana Neyestani (« Une métamorphose iranienne », « L’araignée de Mashhad », Çà et là/Arte éditions) met en scène une petite troupe de villageois kurdes lancés dans l’une de ces dangereuses expéditions. Chargés de leurs bagages physique et mental (plusieurs drames se nouent entre différents membres de l’expédition), et confrontés à toutes les horreurs de cette contrebande méconnue, les villageois vont prendre des risques insensés pour tenter d’assurer la survie de leur famille. Mana Neyestani nous offre un récit passionnant, entre documentaire et fiction, servi par un dessin en noir et blanc efficace - certains pourront regretter l’absence de couleur, pour rendre justice aux paysages de la région. L’album, soutenu par Amnesty international, n’y perd toutefois aucunement en intensité ! A ne pas manquer !
Renaud Février
« Monica » de Daniel Clowes, Fauve d’or 2024 : « Je dessine des BD pour lutter contre le chaos »Par Julia Wertz, traduit de l’anglais par Aude Pasquier, L’Agrume, 320 p., 26 euros
Julia Wertz se souviendra de son 30e anniversaire. Ce jour-là, elle se retrouve seule dans la jungle de Porto Rico après avoir planté sa Jeep de location dans le fossé. Comment en est-elle arrivée là ? Elle remonte le fil des événements dans cette épaisse BD autobiographique, drôle et attachante, autour de sa lutte contre l’alcoolisme. Un chemin ardu et non linéaire qui durera cinq ans. Cinq ans à rechigner devant l’accompagnement médical, à s’occuper l’esprit via diverses activités (elle se prend de passion pour l’urbex, l’exploration de lieux abandonnés), à passer par des relations amoureuses foireuses et à vivre dans un clapier à demi enterré loué illégalement. Il faut surtout surmonter la solitude, particulièrement entretenue dans les grandes villes, et oser aller vers les autres. En ce sens, « Les Imbuvables » est une très belle déclaration d’amitié, notamment à l’autrice de BD Sarah Glidden, assorti à une fascination sans cesse renouvelée pour New York et ses enseignes auxquelles Wertz a déjà rendu hommage dans « Les Entrailles de New York ». Bonus pour les inconditionnels de la scène indé américaine, avec l’apparition de quelques noms célèbres.
Amandine Schmitt
Posy Simmonds sacrée grand prix au Festival de la BD d’AngoulêmePar Lucia Biagi, traduit de l’italien par Aude Lamy, Ça et là, 480 pages, 26 euros
Cyan, magenta ou jaune : dans la baie de Bourne, c’est la couleur de peau qui fait la classe sociale. Les bleus, défavorisés, sont la cible d’une persécution toujours plus grandissante, tandis que les jaunes dominent dans les élites. Six personnages tentent d’aller au-delà de ces préjugés, et essaient de se battre pour une société moins fragmentée… jusqu’à ce que la tragédie frappe. Vingt ans plus tard, le passé les rattrape au détour d’une découverte policière, et les confronte à leurs idéaux parfois désabusés.
La couleur est vive, le scénario est dense, mais l’Italienne Lucia Biagi nous plonge sans peine avec son troisème album dans ce polar dystopique qui interroge les dynamiques de classes et de races. Les personnages y sont aussi complexes qu’attachant, et les allers-retours entre le passé et le présent rendent la lecture haletante et dynamique. On ne s’ennuie jamais, mais on peut toutefois finir frustré, malgré l’épaisseur du volume.
Marie Fiachetti
Par Nick Drnaso, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Renaud Cerqueux, Presque Lune, 274 p., 30 euros
Chaque mercredi soir, un groupe de personnes se retrouve dans un centre communautaire pour un cours de théâtre. Une activité banale si l’ensemble des protagonistes - issus d’une classe moyenne désenchantée - ne présentaient pas des failles sociales ou psychologiques, exploité...
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