L'année 2023 fut incontestablement un bon cru cinématographique, et notamment pour les cinémas européens qui ont montré toutes leurs créativité et leurs diversités. Ce sont d'ailleurs trois films profondément européens, et signés par de grands cinéastes qui ont raflé les prix des trois principaux mondiaux, Cannes, Venise et Berlin. Le signe que ce qui est réalisé de plus novateur et risqué passe aujourd'hui par des productions européens. L'année 2023 marque d'ailleurs l'effondrement des grosses machines américaines, Marvel en tête qui n'arrivent plus à renouveler un public peut-être blasé par la redondance des blockbusters et leur si lointain contact avec le monde réel. Les super héros ont-ils vécus ? Rien n'est moins sûr, mais l'on constate concomitamment les demi échecs au box-office mondial des franchises Mission Impossible, Indiana Jones ou autres Fast and furious.
Dont acte. Nous avons voulu faire un Top 10 comme on dit en bon anglais de nos 10 films et, force est de constater, qu'ils ont tous un lien direct (dans la production ou la réalisation) avec l'Europe. A l'heure des doutes de l'unité de l'Union et de la montée des scepticismes et des replis identitaire, les cinémas européens apparaissent comme un étendard des différences, l'affirmation de paroles et d'images d'auteur et d'autrice, en contact avec leur réalité, prenant à la fois le pouls du monde et auscultant dans sa grandeur comme dans son abomination notre humanité.
Voici donc un Top 10, sans classement (pour quoi faire?), comme un aperçu global de ce que le grand écran (Out Netflix, Amazon Prime and consorts) nous a offert de plus grand et de plus émouvant.
A tout seigneur, tout honneur. Le récent Prix Lumière 2023 signe son grand retour avec un film tourné dans un Japon qu'il connaît bien et qu'il nous restitue dans toute sa simplicité et sa complexité à travers l'histoire d'Hirayama (interprété par le grand Koji Yakusho, Prix d'interprétation masculine à Cannes cette année), qui travaille au service des toilettes de la ville de Tokyo. A travers son quotidien humble et ordonné comme du papier musique (Wenders s'arme de la plus puissante bande son de l'année avec tous les standards des années 70, Lou Reed en tête...), et son attitude face à la vie qui lui apporte sérénité et paix de l'âme, attentif à la beauté du monde provenant de la nature qu'il photographie ou les livres qu'il collectionne.
Wenders réussit à saisir l'indicible, le bruit d'une feuille comme un rayon rasant au soleil couchant, et rendre ainsi la beauté du monde...
[Courte citation de 8% de l'article original]