Jacques Delors est mort ce mercredi à l'âge de 98 ans.Celui qui s'est souvent situé à contre-courant dans la vie politique française restera avant tout l'homme de la construction européenne.Retour sur la vie de ce géant politique.
Jacques Delors, mort mercredi à l'âge de 98 ans, restera avant tout l'homme de la construction européenne à laquelle il était profondément attaché. Né à Paris le 20 juillet 1925 dans un milieu simple et catholique, il était passé du patronage de paroisse à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), à laquelle il reste lié toute sa vie.
Il entre à la Banque de France, puis adhère à la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et participe à la déconfessionnalisation du syndicat, qui donne naissance à la CFDT. Cet admirateur de Pierre Mendès France avait attendu 1974 et l'âge de 49 ans pour s'encarter au Parti socialiste, dans l'espoir d'"être utile". Mais il s'est toujours tenu à l'écart des guerres de courant, une position qui a séduit et entrainé, un peu plus tard, quelques inconnus d'alors, dont François Hollande ou Ségolène Royal.
Son renoncement retentissant à l'Élysée
Du gaullisme social avec Jacques Chaban-Delmas à l'union de la gauche, puis au social-réalisme aux côtés de François Mitterrand, Jacques Delors a tracé les contours d'une deuxième gauche française. À la tête des Finances publiques pendant la première présidence de gauche de la Vᵉ République, il fut l'un des initiateurs du tournant de la rigueur à partir de 1982, évitant à la France de plonger dans l'inflation.
Fin 1994, son renoncement spectaculaire à candidater à l'élection présidentielle de 1995 alors qu'il est le grand favori des sondages, annoncé après six mois de suspens en direct à la télévision devant 13 millions de téléspectateurs dans l'émission "7 sur 7" d'Anne Sinclair, a stupéfait les Français. "Je vais atteindre 70 ans, je travaille sans relâche depuis 50 ans et il est plus raisonnable, dans ces conditions, d'envisager un mode de vie plus équilibré entre la réflexion et l'action", a déclaré l'ancien ministre de l'Économie sous François Mitterrand (1981-1984), dans une séquence figurant en tête de cet article. Sa carrière politique a ensuite marqué le pas et c'est presque en simple militant que Jacques Delors a poursuivi ses combats à partir du milieu des années 90.
Père de l'euro
Depuis Bruxelles où il est à la tête de la Commission de 1985 à 1995, il a joué les architectes pour façonner les contours de l'Europe contemporaine : mise en place du marché unique, signature des accords de Schengen, Acte unique européen, lancement du programme Erasmus d’échanges étudiants, réforme de la politique agricole commune, mise en chantier de l'Union économique et monétaire qui aboutira à la création de l'euro…
Jusqu'au bout, il aura défendu l'unité de l'Europe, appelant en mars 2020 les chefs d'État et de gouvernement de l'UE à plus de solidarité au moment où ces derniers s'écharpaient sur la réponse commune à apporter à la pandémie de Covid-19.
Avec ses centres de réflexion, "Club témoin" ou "Notre Europe" (devenu ensuite "Institut Jacques-Delors" et installé à Paris, Bruxelles et Berlin), il a plaidé jusqu'au bout pour un renforcement du fédéralisme européen, réclamant davantage d'"audace" à l'heure du Brexit et des attaques de "populistes de tout acabit".
