C’est au cours d’une brève et intense intervention téléphonique dans l’émission de Marcel Ghanem, quelques jours après le 4 août, que Liliane Tyan a hurlé sa douleur. Alors qu’elle n’avait pas prévu de le faire, elle confie, en direct, que son époux est mort dans la double explosion du port et que son fils unique, Bernard, 45 ans, est dans un état critique. « Marcel, mon cher Marcel, priez tous pour mon fils, quelle que soit votre religion. Je n’en ai qu’un. Son état est grave (…). Avec mon mari, ils étaient au travail, comme toutes les honnêtes gens. C’est un crime… Nous avons vécu des guerres, mais ça, c’est un crime. » Essoufflée par l’émotion et le flot de mots, elle continuait néanmoins : « Comment les responsables peuvent-ils vivre avec ça ? Si j’avais croisé l’un d’entre eux, je vous jure que je l’aurais tué. Assassins, pire, “fumiers (d’)assassins”, comme les a qualifiés Issa Goraieb, vous n’avez pas honte de ne même pas appeler pour voir comment nous allons ? À vous tous, j’ai rendu des services quand vous en aviez besoin. Où êtes-vous, aujourd’hui ? 40 ans à servir ce pays, où êtes-vous, bande de voyous ? N’osez jamais croire que vous êtes le Liban ! »
C’est en écoutant cette femme d’ordinaire très forte, cette fille d’Édouard Honein élevée dans l’amour d’un Liban indépendant et souverain, que ses amis et collaborateurs ont appris les tristes nouvelles : son époux Armand est l’une des nombreuses victimes du carnage du 4 août, « son cœur n’a pas résisté » à l’explosion ; et Bernard est grièvement blessé. Les dégâts sont...
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