Voici un écart de genre dont on parle peu, mais qui reste très ancré dans nos sociétés : les femmes sont plus fortement exposées au stress et à l'anxiété que les hommes. Un constat qui ne date pas d'hier et qui, contrairement à certaines théories, s'explique davantage par des facteurs socio-culturels que par des causes biologiques.
Ces dernières années, les rapports sur la santé mentale des Français se multiplient, indiquant la plupart du temps une altération de celle-ci, surtout depuis la pandémie. Mais les femmes semblent systématiquement plus concernées que les hommes. Durant le premier confinement, 31,6% des femmes se disaient angoissées, contre seulement un homme sur cinq (21,3%), selon les résultats d'une enquête réalisée par Santé publique France et l'École des hautes études en santé publique (EHESP). Même constat dans une étude publiée en 2021, cette fois réalisée aux États-Unis, où des chercheurs de l'école de médecine de l'université de l'Indiana ont remarqué des troubles anxieux "deux fois plus fréquents" chez les femmes que chez les hommes. "Les facteurs sociaux et culturels jouent probablement un rôle important dans le développement de l'anxiété chez les femmes", note Thatiane De Oliveira Sergio, professeure en psychiatre et autrice principale de cette recherche. Mais ce diagnostic s'avère bien antérieur à la pandémie : en 2016, une recherche anglaise réalisée par des chercheurs de l'université de Cambridge est parvenue à la conclusion que les femmes étaient presque deux fois plus susceptibles de souffrir d'anxiété que les hommes.
Ce phénomène porte même un nom : le "worry gap". Signifiant "l’écart d’inquiétude" en français, le terme anglophone désigne donc la propension plus forte des femmes à s’inquiéter ou à ressentir de l’anxiété. Selon le Baromètre 2023 du groupe français de protection sociale Malakoff Humanis (qui a choisi d’analyser la question de la santé mentale au travail sous le prisme du genre), 44% des femmes salariées se disent en moins bonne santé psychologique (contre 32% des hommes). Cette santé mentale altérée au travail peut s’expliquer par plusieurs facteurs, à commencer par celui de la rémunération. En 2022, les femmes ont gagné en moyenne 14,1% de moins que les hommes dans le secteur privé, selon des estimations de l'Insee. Et les difficultés financières des femmes pèsent de plus en plus lourd dans la balance. Une enquête publiée début décembre par le Secours populaire révèle d'ailleurs que 46% des femmes ont été touchées par au moins un trouble psychologique au cours des douze derniers mois, principalement à cause de leur situation financière instable (contre 41% de leurs homologues masculins).
Mais ce mal-être croissant découle également d'une croyance genrée et solidement ancrée dans la société selon laquelle les femmes seraient "naturellement" plus empathiques et attentives aux soucis des autres, et donc plus "à même" de s'impliquer sur le plan émotionnel. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les femmes sont surreprésentées dans les professions de soin et d'aide à la personne (le fameux "car...
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