Fintan O'Toole : Nous avons deux Noëls : celui que nous vivons et celui dont nous nous souvenons

The Irish Times - 25/12
Noël s’exprime mieux dans la poésie que dans la prose. La prose traite généralement de la matière brute de l'expérience vécue, tandis que la poésie est tendue par la mémoire.

J'ai une théorie selon laquelle lorsque les écrivains irlandais décrivent Noël en prose, c'est en général assez sombre, mais lorsqu'ils l'évoquent en poésie, c'est plutôt magique. Et que cette distinction pourrait nous apprendre quelque chose sur la nature même de Noël.

En prose, la scène fondamentale du Noël irlandais se trouve dans A Portrait of the Artist as a Young Man de James Joyce. Stephen, l’alter ego de Joyce, rentre du pensionnat pour les vacances et est enthousiasmé par l’occasion : « Du houx et du lierre pour lui et pour Noël. Charmant... Tout le monde. Bienvenue à la maison, Stéphane ! Bruits de bienvenue.

Mais tout va mal. Lors du dîner de Noël, une violente dispute éclate entre son père et l'une des convives, Mme Riordan. Il s’agit de Charles Stewart Parnell, récemment décédé, et de l’Église catholique.

Les hommes maudissent les « fils de pute » du clergé pour l’avoir fait tomber. Mme Riordan insiste sur le fait que « les évêques et les prêtres d'Irlande ont parlé... et il faut leur obéir ». La combinaison toxique de la religion et de la politique étouffe toute gaieté. Noël n'est pas la paix et la bonne volonté mais un condensé de toutes les rancunes du reste de l'année.

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[Courte citation de 8% de l'article original]

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