Une croix gammée sur le sapin: comment les nazis se sont appropriés Noël

Nicolas Méra - Slate FR - 24/12
Plutôt que d'éradiquer une fête populaire, le Troisième Reich allemand a préféré la maquiller en slogan nationaliste. Le résultat est un troublant mélange de féérie et de haine.

L'atmosphère est chaleureuse. Feutrée mais festive. Dans le salon, un feu de cheminée crachote quelques étincelles. Une douce odeur de pain d'épices flotte dans la pièce: ce sont les Lebkuchen qui refroidissent.

Allongés devant le sapin, deux blondinets déballent leurs paquets cadeaux avec fébrilité. L'un s'extasie devant un tank nazi miniature. L'autre découvre le jeu de société Juden Raus! («les juifs dehors!»). «Le premier à envoyer six juifs en déportation a gagné», précise la règle du jeu. Nous sommes le 24 décembre 1940 et, dans ce foyer allemand, on célèbre le Volksweihnachten ou «Noël du peuple».

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En faisant un pas de recul, on constate d'autres différences avec la cérémonie traditionnelle de Noël. Le sapin n'est pas couronné d'une étoile (trop proche du sceau de Salomon ou de l'étoile rouge soviétique), mais d'une croix gammée. Des boules ornées de slogans pro-Hitler et des soldats SS en chocolat tressaillent sur les branches.

Autour de la crèche, où l'enfant Jésus pointe aux abonnés absents, on trouve des porte-bougies frappés d'une rune de l'alphabet germanique: ils ont été confectionnés par des prisonniers du camp de concentration de Dachau (Bavière). Et ces gâteaux au fumet si appétissant, qui trônent sur le buffet? Leur forme évoque la rune Sigel (ou Sōwilō) –l'emblème doublé de l'unité SS.

Un des rares sapins (artificiels) de Noël destinés aux soldats allemands présents sur le front pendant la Seconde Guerre mondiale. Les boules et décorations reprennent les symboles du régime nazi: croix de fer prusso-allemande, croix gammée, insigne SS, portrait d'Adolf Hitler et couleurs du Troisième Reich (rouge, blanc et noir). Exposition visible au Lofoten War Memorial Museum de Svolvær (nord-ouest de la Norvège). | Wolfmann via Wikimedia Commons

Tout y est, jusqu'à l'ambiance sonore. C'est bien l'air du cantique «Douce nuit, sainte nuit» que l'on entend, mais les paroles ont été remaniées. «Tout dort, seul est éveillé notre Führer pour le pays allemand», serine le troisième couplet. Quant au calendrier de l'Avent, il ne contient pas de chocolats mais des images de tanks ou sous-marins, des croix gammées fleuries, des poèmes nationalistes ou des insignes militaires. Et le cauchemar est maquillé en féérie...

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