« Satoshi Kon était un cinéaste visionnaire ! »

David Mikanowski - LePoint - 03/08
ENTRETIEN. Un formidable documentaire dresse le portrait du génie qui a changé la face de l’animation japonaise. Son réalisateur français nous explique pourquoi.

Hayao Miyazaki, le père de Princesse Mononoké et du Voyage de Chihiro, le cofondateur du Studio Ghibli, le « Disney de l’empire du Soleil-Levant », était donc l’arbre qui cachait la forêt. Certains de ses compatriotes, comme Satoshi Kon, avaient aussi révolutionné la japanimation ! Satoshi qui ? Satoshi Kon ! Un autre génie vénéré par tous les fans d’anime. Un dieu du cinéma. Une sorte de Kubrick asiatique. S’il est resté longtemps méconnu en France – avec seulement quatre longs-métrages à son actif, dont deux restés inédits dans nos salles et sortis directement en vidéo –, il a gravé son nom au Panthéon des grands maîtres de l’animation japonaise. Avec ses lunettes, sa moustache, son bouc et sa queue-de-cheval, ce professeur Tournesol sous acide a créé une œuvre qui donne le vertige.

Portrait de Satoshi Kon. © DRC’est à 17 ans que Satoshi Kon a décidé de consacrer sa vie au dessin. Il publie ses premiers mangas à 22 ans. Et collabore avec son idole Katsuhiro Ōtomo, le créateur d’Akira, qui devient son mentor. Quelques années plus tard, il travaille d’ailleurs sur son film à sketchs Memories (1995), dont il supervise le plus beau segment, Magnetic Rose, en qualité de scénariste et de directeur artistique. On y voyait une chanteuse d’opéra qui hantait les couloirs d’un vaisseau spatial. Luc Besson s’est-il inspiré de cette image deux ans plus tard pour la séquence de la diva extraterrestre jouée par Maïwenn dans Le Cinquième Élément ? Possible.

Le mangaka passe ensuite à la réalisation en 1997 avec le thriller paranoïaque Perfect Blue, dans lequel Mima, une jeune chanteuse pop acidulée, est harcelée par un fan de son girls band qui décime son entourage ! La vie de la pop star tourne au cauchemar. Et la nymphette, victime d’un dédoublement de personnalité, perd pied avec la réalité – et nous avec !...
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