Ce 25 décembre 1995, le soleil se lève à peine lorsqu’un coup de téléphone interrompt une permanence bien calme à la gendarmerie de Busset, dans l’Allier. A l’heure où les enfants sont affairés à déballer leurs cadeaux, deux chasseurs viennent de découvrir un corps gisant en contrebas de la route départementale 121, au cœur de l’épaisse forêt du Vernet. Non, cela ne peut pas être un accident, ni même un suicide, assurent-ils aux militaires au bout du fil. Ils en sont certains. Le cadavre, un chasseur si l’on en croit ses vêtements, a été décapité.
A peine arrivés sur place, les gendarmes se rendent compte que ce fossé n’est pas la scène de crime. Le corps a été entièrement vidé de son sang, mais le sol n’en est pas maculé. Surtout, malgré d’intenses recherches, la tête de la victime n’est pas retrouvée. Elle ne le sera jamais. L’homme est toutefois rapidement identifié grâce à ses papiers d’identité retrouvés dans sa veste. Christophe Doire, un père de famille de 28 ans, dont la femme Maria a signalé la disparition le lundi 18 décembre. En réalité, cela faisait déjà deux jours que plus personne ne l’a vu. Le samedi soir, le 16, il est allé voir un match de foot chez son frère, Olivier. Il est reparti vers 23 heures. Le lendemain, il devait aller chasser mais a fait faux bond à ses partenaires. Mais la jeune femme explique que son mari disparaît parfois un jour ou deux, raison pour laquelle elle a attendu avant de faire un signalement.
Les enquêteurs privilégient rapidement la piste d’un règlement de compte entre chasseurs. Christophe Doire est, de l’avis de tous, un chasseur hors pair. Cet employé des abattoirs de Vichy y passe tout son temps libre, quitte à délaisser sa femme et leur fils, Anthony, âgé de 9 ans en 1995. Quitte aussi à s’aventurer sur des domaines réservés ou à ne pas respecter les quotas, ce qui a le don d’agacer au plus haut point les chasseurs du coin. Sa veuve rapporte que le jour de sa disparition, sa chienne de chasse préférée, Flora, a disparu, probablement volée à leur domicile. Un homme, Dominique M., est rapidement soupçonné. D’être l’auteur du vol de chien, d’abord. Et du meurtre, surtout. L’homme sera placé deux fois en garde à vue mais toujours relâché sans charges.
La piste d’un conflit conjugal est également envisagée. Il est de notoriété public que le couple bat de l’aile. Deux ans auparavant, Maria a voulu divorcer, lassée de l’alcoolisme de son mari. D’autant que lorsque ce dernier boit, il est violent. Il avait promis d’arrêter. Il n’en fut rien. Et les violences ont perduré. Les collègues de la jeune femme se souviennent avoir aperçu, une fois, le couple se disputer en voiture : Maria a reçu un coup de poing si violent que la vitre passager s’est brisée sous la violence du choc. Cette piste est toutefois rapidement écartée. « Il y a un biais de genre, estime Me Juliette Chapelle, l’avocate d’Olivier Doire. En 1995, pour les enquêteurs, c’est inimaginable qu’une femme – mère de surcroît – puisse être impliquée dans un meurtre aussi violent, une décapitation. » L’information judiciaire aboutit à u...
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