On n’est jamais si bien servi que par soi-même. N’est-ce pas Bradley Cooper ? Passé trois fois à côté de l’Oscar en quelques années, l’acteur-réalisateur met toutes les chances de son côté en vue de la prochaine cérémonie avec Maestro, un drame à la fois épique et intimiste dans lequel il s’est donné le rôle de Leonard Bernstein, pianiste et chef d’orchestre de légende auquel on doit la partition légendaire de la comédie musicale West Side Story.
Le film s’ouvre en couleurs, au soir de la vie du compositeur, décédé en 1990 à l’âge de 72 ans. Vieilli "à l’ancienne", comprenez sans trucage numérique, la star de 48 ans se glisse dans la peau fripée de son personnage, assis derrière son piano, le regard pétillant teinté d’une pointe d’amertume. Après s’être confié sur les mystères de la création à une équipe de télé, Bernstein convoque avec gravité le souvenir de son épouse Felicia, emportée par un cancer.
Nous voilà soudain emportés en 1943, dans un Broadway sublimé par la photo noir et blanc du chef opérateur Matthew Libatique. Appelé à remplacer en urgence le chef d’orchestre du New York Philharmonic, souffrant, le jeune Leonard livre une pige mémorable qui va le mettre en orbite dans le cercle fermé de la musique classique. À l’époque, le prodige partage le lit du clarinettiste David Oppenheim (Matt Bomer). Jusqu’au jour où il fait la connaissance de Felicia Montealegre (Carey Mulligan), une comédienne qui tente de percer.
Comme d’autres avant lui, Bradley Cooper a compris qu’aucun biopic n’était en mesure d’expliquer le génie de son sujet. C’est donc le Leonard Bernstein intime qu’il a choisi de raconter. Et plus précisément la dynamique fascinante de sa relation avec son épouse et mère de ses trois enfants. Un sujet de prédilection, puisque son remake à succès de A Star is Born explorait déjà les tensions particulières au sein du couple d’artistes qu'il incarnait avec Lady Gaga.
On se souvient de Jackson Maine, la rock star destroy ressuscitée par sa rencontre avec Ally, la chanteuse inconnue qui allait devenir plus célèbre que lui. Dans Maestro, c'est presque l'inverse puisque la carrière de Leonard décolle tandis que Felicia met la sienne entre parenthèses pour accompagner l'homme qu'elle aime vers les sommets. Au fil des décennies, le couple Bernstein renvoie l’image d’un bonheur parfait qui s’effrite en privé, au gré des addictions et des aventures du compositeur.
Si le film est une merveille sur le plan esthétique, bien plus sophistiqué que A Star Is Born d'ailleurs, c’est d’abord et surtout un film d’acteurs. Affublé d’une prothèse de nez qui a fait jaser à tort, Bradley Cooper est littéralement habité par la personnalité exubérante et complexe de son personnage. Il l’interprète avec une douleur palpable dans les scènes les plus intimes. Et avec une gourmandise féroce lors des somptueuses séquences musicales.
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Face à lui, la trop rare Carey Mulligan incarne Felicia avec une infinie délicatesse. La comédienne britannique bouleverse sans forcer, d'une précision dans les regards et dans les gestes qui renforce le côté "monstrueux" de son envahissant partenaire. Leur alchimie est telle qu’on a parfois envie de couper le son pour se concentrer sur la beauté de leurs regards à tous les deux. Pardon, Monsieur Bernstein.
>> Maestro de Bradley Cooper. Avec Carey Mulligan, Bradley Cooper, Matt Bomer. 2h09. Disponible mercredi sur Netflix.
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