Un astronaute dans l'espace en 2029 : doit-on s'inquiéter des ambitions spatiales de l'Iran ?

LCI - 18/12
[VIDÉO] - Après avoir lancé avec succès une capsule dans l'espace, l'Iran maintient que ses activités aérospatiales sont pacifiques et conformes au traité de l’espace de 1967. Les gouvernements occidentaux craignent eux que ses systèmes intègrent des technologies interchangeables avec celles utilisées dans les missiles balistiques.

Après avoir lancé avec succès une capsule dans l'espace, l'Iran maintient que ses activités aérospatiales sont pacifiques et conformes au traité de l’espace de 1967.
Les gouvernements occidentaux craignent eux que ses systèmes intègrent des technologies interchangeables avec celles utilisées dans les missiles balistiques.

C'est une mission spatiale qui n'a pas eu le même écho médiatique que les autres. Et pour cause. La République islamique a annoncé, le 6 décembre dernier, avoir lancé avec succès une "biocapsule indigène" dans l’espace à l'aide d'une de ses fusées Salman. La capsule de 500 kilos, à bord de laquelle se trouvaient des animaux selon la chaîne Al Jazeera, a atteint l'altitude de 130 kilomètres. Si l'on en croit l'agence iranienne Mehr News Agency, ce lancement s’inscrirait dans le cadre d'un programme visant à envoyer des astronautes en orbite d'ici à la fin de l’année 2029. 

Alors que l'Iran maintient que ses activités aérospatiale sont pacifiques et conformes au traité de l'espace de 1967, les gouvernements occidentaux craignent que ses systèmes de lancement de satellites intègrent des technologies interchangeables avec celles utilisées dans les missiles balistiques, capables de transporter une ogive nucléaire. Pour en savoir plus, TF1info a interrogé Isabelle Sourbès-Verger, directrice de recherches au Centre Alexandre-Koyré (CNRS), spécialiste des politiques spatiales et autrice de Géopolitique du monde spatial (aux éditions Eyrolles, 2023).

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Le récent lancement iranien s'inscrit-il, comme le prétend Téhéran, dans le cadre du volet civil du programme spatial ou s'agit-il d'essais à visée militaire, comme le redoutent certains ?

Quand on fait du spatial, il y a toujours deux motivations. La première relève de préoccupations de sécurité, mais aussi de développement scientifique, technologique et économique. La deuxième est de l'ordre de la démonstration de modernité et de puissance. C’est valable pour tout le monde depuis 1957 et le début de l’ère spatiale. Ce lancement s’inscrit plutôt dans le volet civil du programme iranien. Mais on ne peut bien sûr pas nier, au regard de la nature du régime au pouvoir et du mode d’organisation de ses infrastructures militaires et industrielles, qu'il y a forcément aussi des aspects en commun. Mais dans le cas présent, ce ne sont pas des applications militaires qu’ils sont en train de développer.

Ce tir correspond plutôt à de l’apprentissage technologique. En 2013, les Iraniens avaient tiré une capsule avec un singe à son bord. Au fur et à mesure, ils améliorent ainsi progressivement leurs capacités. Le fait de transporter des animaux leur sert à faire de l’expérience biologique dans le but ensuite d'envoyer un ou une astronaute iranien(ne) dans l'espace. Développer ses compétences spatiales (observation de la terre, télécommunications) est indispensable à son développement économique, comme pour les autres pays. Sauf qu'à la différence de l’Europe, du Japon ou même de l'Inde, qui ont fait le choix délibéré de se positionner sur des applications spatiales civiles, l'lran table sur une spécificité du spatial, à savoir qu’un lanceur et un missile se ressemblent. Mais seulement jusqu’à un certain point, et c’est justement là où est l’astuce. 

Un astronaute iranien dans l’espace en 2029, ça semble hautement improbable, surtout parce qu’il faudrait un lanceur très fiable.
Isabelle Sourbès-Verger

À vous entendre, un missile intercontinental et un lanceur spatial, ce n'est pas comparable. Pouvez-vous expliquer la différence ?

En 1957, le programme spatial a commencé par un missile intercontinental que les Soviétiques ont reconverti en lanceur. Alors forcément, on a tendance à prendre la grille de lecture à l’envers. C'est-à-dire qu'on construit un lanceur dans le but de mettre au point un missile intercontinental. Mais ce qui marche dans un sens ne fonctionne pas forcément dans l’autre, que ce soit pour des raisons de système de guidage ou même de puissance. Envoyer un satellite dans l’espace, et encore plus un astronaute, nécessite une vitesse spécifique - ce qu'on appelle la satellisation - afin de s'extraire de l'attraction terrestre. Et donc, cela nécessite un système de dernier étage. Si vous fabriquez un missile, vous n’avez pas besoin de développer cette partie-là. Évidemment, le gouvernement iranien n’a pas d’objection majeure à ce qu’on interprète ce tir comme une démonstration de grande compétence militaire. 

À quand remonte le programme spatial iranien ?

Il y avait déjà un programme de fusée-sonde à l’époque du Shah d’Iran. C’est-à-dire que vous aviez des scientifiques iraniens qui s’intéressaient à des expériences comparables à celles qu’on pouvait faire en France et ailleurs. À l'époque, ils faisaient partie d’une communauté scientifique internationale pour apprendre à les réaliser. Puis, le régime islamique est arrivé au pouvoir. Ils ont développé un programme nucléaire et donc potentiellement aussi un missile intercontinental dans le but de menacer les États-Unis. ...
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