La « Révolte contre la nature » de Camille Claudel

Farah Peterson - The Atlantic - 14/12
Dans une nouvelle exposition, la sculpteure échappe à l'ombre de son mentor Rodin et revendique sa place parmi les meilleurs artistes de son époque.

En 1892, le sculpteur français Camille Claudel demande au ministère des Beaux-Arts un bloc de marbre. Comme c’était l’habitude, le ministère a envoyé un inspecteur pour décider si les travaux prévus méritaient le soutien de l’État. Son modèle en plâtre, montrant deux personnages nus valsant, était une « performance virtuose », a écrit le responsable. Même Auguste Rodin, le mentor de Claudel, n’aurait pas pu « étudier avec plus de finesse artistique et de conscience la vie frémissante des muscles et de la peau ». Mais bien que le ministère ait commandé à Rodin des œuvres tout aussi sensuelles à cette époque, il a refusé de soutenir une artiste féminine. Dans la composition de Claudel, la « proximité des organes sexuels » va trop loin.

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Claudel a passé des mois sur une version voilant la figure féminine. Le bronze qui en résulte, La Valse, fut un triomphe : une œuvre éthérée de romance, d'air et de mouvement ample. Le compositeur Claude Debussy, ami de Claudel, en acquiert une version en plâtre et la conserve près de lui. La Valse est devenue son œuvre la plus célèbre, produite en de nombreuses itérations différentes, dont plusieurs sont rassemblées dans une nouvelle exposition de l'œuvre de Claudel, qui a ouvert ses portes à l'Art Institute of Chicago en octobre et sera ensuite transférée au J. Paul Getty Museum, en Los Angeles, en avril. Mais Claudel n'a jamais obtenu le marbre qu'elle réclamait.

Claudel a déployé tous ses efforts pour se faire un nom, sans se laisser décourager par les mœurs restrictives de son époque. Bien qu’elle ait été acclamée au sommet de sa brève carrière, sa réputation s’est estompée dans les décennies qui ont suivi sa mort. Malgré un regain d’intérêt pour l’œuvre de Claudel dans les années 1980, l’histoire tumultueuse de sa vie et le rôle de Rodin dans cette histoire ont eu tendance à détourner l’attention de son art, notamment aux États-Unis. «Ses meilleures œuvres», écrivent H. W. Janson et Anthony F. Janson dans leur canonique History of Art, «pourraient passer pour les siennes». Mais l’œuvre de Claudel, notamment son évocation sensible et émouvante de la vie intérieure des femmes, n’est pas si facilement écartée. La nouvelle exposition met en avant l'argument selon lequel Claudel figure parmi les plus grands sculpteurs français du XIXe siècle.

Rassemblant des dizaines de pièces en terre cuite, plâtre, bronze et pierre, l’exposition suscite une réflexion non seulement sur le talent singulier de Claudel, mais aussi sur l’extraordinaire détermination qu’exigeaient ses succès. Lorsque Rodin a fait pression sur elle pour qu'elle devienne sa maîtresse, elle a exigé qu'il soutienne sa carrière. Lorsqu'elle est tombée enceinte au cours de leur relation, elle a eu recours à un avortement, ce qui n'était ni une entreprise facile ni sûre. Dans les années qui ont suivi la fin de leur partenariat, Claudel a créé certaines de ses œuvres les plus fascinantes.

Pourtant, Claudel restait dépendante – pour le patronage, pour les matériaux et finalement pour sa liberté elle-même – des hommes de sa vie. Poussée par son comportement erratique, la famille de Claudel, dirigée par son frère Paul, l'a internée dans un asile à l'âge de 48 ans. Elle y est restée, longt...
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