Rejet du projet de loi immigration : les ambitions contrariées de Gérald Darmanin

LCI - 12/12
[VIDÉO] - Les députés de l'opposition se sont unis pour refuser d'examiner le projet de loi immigration du gouvernement, texte phare du ministre de l'Intérieur. Un "échec" pour Gérald Darmanin, qui s'est montré incapable de convaincre et de rassembler une majorité. Le désaveu pourrait ralentir ses ambitions personnelles au sein du gouvernement, avec 2027 en ligne de mire.

Les députés de l'opposition se sont unis pour refuser d'examiner le projet de loi immigration du gouvernement, texte phare du ministre de l'Intérieur.
Un "échec" pour Gérald Darmanin, qui s'est montré incapable de convaincre et de rassembler une majorité.
Le désaveu pourrait ralentir ses ambitions personnelles au sein du gouvernement, avec 2027 en ligne de mire.

"Il fallait que le président de la République tranche, il a tranché." Non, Emmanuel Macron n'a pas accepté la démission que lui a présenté son ministre de l'Intérieur lundi soir, dans la foulée de l'adoption de la motion de rejet sur le projet de loi immigration à l'Assemblée nationale. Mais "bien évidemment", cette déconvenue est un "échec" pour Gérald Darmanin, comme il l'a reconnu lui-même sur TF1 quelques heures après les faits. En ne réussissant pas à faire examiner le texte le plus important de ce début de quinquennat pour lui, le ministre de l'Intérieur essuie une déconvenue personnelle qui pourrait lui coûter cher dans sa volonté d'ascension au sein du gouvernement.

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Comment ambitionner de passer de Beauvau à Matignon sans être capable, alors que le parti présidentiel ne bénéficie que d'une majorité relative à l'Assemblée nationale, de rassembler plus largement ? Car le poste de Premier ministre, qui lui avait déjà échappé l'été dernier, c'est bien ce que vise Gérald Darmanin à court terme. "Une réussite législative aurait validé à la fois l’orientation politique prise par Gérald Darmanin, très à droite, et aurait conforté sa position de premier ministrable. Au détriment d’Élisabeth Borne qui se serait retrouvée sur la sellette", a dit à l'AFP le communicant Philippe Moreau-Chevrolet.  "C’est un échec personnel pour Gérald Darmanin, qui avait fait de ce projet de loi l’une des étapes de son ascension politique. Il voulait démontrer sa capacité à rassembler et à diriger une majorité de projet. Il a échoué au test", a-t-il poursuivi.

Matignon, marchepied pour l'Élysée

Matignon est pour Gérald Darmanin le marchepied idéal pour l'Élysée. Car à plus long terme, son ambition est bien la présidence de la République. "Ce qui m'intéresse maintenant, c'est ce qui va se passer en 2027", disait-il cet été. Le 27 août, dans son fief de Tourcoing, il avait réuni ses soutiens pour un meeting de rentrée qui avait des allures de déclaration de candidature pour l'élection présidentielle de 2027. "Je servirai mon pays à la place qui est la mienne. (...) On peut toujours discuter de la course du petit cheval et du concours de beauté de 2027. Le fait est que dans cinq ans, une victoire de madame Le Pen est assez probable. Face à cela, il ne nous faudra qu'une ou un candidat." Suivez mon regard...

Mais la cheffe du gouvernement n'entendait pas laisser le champ libre à son ministre. Elisabeth Borne s'était alors invitée dans le Nord et avait multiplié les appels à "l'unité" de la majorité pour calmer ses ardeurs. "Le temps devant nous doit être entièrement consacré à l'action et à un travail de fond intense pour produire des résultats" afin de combattre "les populistes et les extrêmes en leur laissant leurs recettes démagogiques", disait-elle, défendant notamment sa politique sociale critiquée par le ministre de l'Intérieur. 

"Si Darmanin doit sauter, alors Borne doit sauter aussi..."

Aujourd'hui, il n'est pas certain que les relations entre les deux membres du gouvernement soient plus apaisées. "Elisabeth Borne est tout aussi responsable [de l'adoption de la motion de rejet]. Elle n'a pas aidé dans les négociations, elle a foutu le bordel dans la majorité. Si Darmanin doit sauter, alors Borne doit sauter aussi...", disait un membre de l'entourage de l'ancien maire de Tourcoing lundi soir.

Ces dernières semaines, Gérald Darmanin a peut-être péché par excès de confiance. Il "est à peu près sûr de son coup", assurait début novembre un président de groupe parlementaire qui se dit son "ami". Mais si le ministre a multiplié les mains tendues envers l'opposition de droite - en se montrant favorable à beaucoup de dispositions adoptées au Sénat ou en promettant un projet de loi sur l'Aide médicale d'État début 2024 -, il a aussi fâché beaucoup de parlementaires LR, à commencer par le chef du parti Éric Ciotti. "J'ai commencé à croire que l'adoption d'un rejet était possible quand j'ai vu jeudi dernier comment il a tabassé Ciotti" lors d'un débat à l'Assemblée, alors que les suffrages des LR étaient déterminants, s'étonnait lundi un proche du président cité par l'AFP.

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