Procès de Monique Olivier : un policier met en doute "l'implication" du couple Fourniret dans l'affaire Mouzin

LCI - 08/12
[VIDÉO] - Monique Olivier, 75 ans, est jugée depuis le 28 novembre devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine. Elle comparait pour complicité dans plusieurs meurtres et enlèvements. Ce vendredi, Philippe Guichard, commissaire de police, a déclaré ne "pas être convaincu de l’implication du couple Monique Olivier-Michel Fourniret" dans l'affaire Mouzin.

Monique Olivier, 75 ans, est jugée depuis le 28 novembre devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine.
Elle comparait pour complicité dans plusieurs meurtres et enlèvements.
Ce vendredi, Philippe Guichard, commissaire de police, a déclaré ne "pas être convaincu de l’implication du couple Monique Olivier-Michel Fourniret" dans l'affaire Mouzin.

Il était très attendu des avocats de la partie civile. Pendant 3h30, ce vendredi 8 décembre, fPhilippe Guichard, commissaire de police, a déposé au procès de Monique Olivier, jugée devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine pour complicité dans les meurtres et les enlèvements de Marie-Angèle Domèce, Joanna Parrish, et Estelle Mouzin.

Le policier, chef de la division de la police technique à la police judiciaire de Versailles avant de passer à l’Office central pour la répression des violences aux personnes, a travaillé pendant seize ans sur l'affaire Estelle Mouzin, du 10 janvier 2003, au lendemain de l’enlèvement de la fillette, jusqu’en 2019, date à laquelle la section de recherche de la gendarmerie de Dijon récupérait le volet Fourniret. Malgré seize années d’investigations, le commissaire affirme aujourd’hui ne pas avoir de preuves irréfragables de la culpabilité de Michel Fourniret dans cette affaire. "Fourniret, on a travaillé dessus pendant des jours et des jours, des semaines et des semaines. C'était une obsession pour le directeur", soutient-il, ajoutant ne pas avoir trouvé d'"éléments pour pouvoir l'incriminer".

Alibi et ADN

Michel Fourniret avait pourtant été interpellé le 26 juin 2003, après une tentative d’enlèvement, six mois après l'enlèvement de la toute jeune Estelle, puis écroué. Interrogé à plusieurs reprises sur l'affaire Mouzin, l'Ogre des Ardennes avait assuré aux policiers que le 9 janvier 2003, jour de la disparition de la fillette à Guermantes (Seine-et-Marne), il était chez lui à Sart-Custinne, en Belgique. Il avait fourni pour preuve un appel passé à son fils, Jean-Christophe, dont c’était l’anniversaire. Cet appel a bien été passé. Il faudra attendre 2019 pour que Monique Olivier fasse tomber l'alibi du tueur, disant que c’est elle qui avait passé cet appel à la demande de son époux. Ce jour, à l’audience, la femme de Jean-Christophe a pourtant assuré que c’est un homme qui l’avait appelé.

Outre ce coup de fil, Philippe Guichard pointe aussi les expertises ADN. "730 éléments pileux ont été retrouvés dans la camionnette de Michel Fourniret et 500 environ dans le véhicule de Monique Olivier. 28 ADN mitochondriaux ont été comparés à ceux d'Estelle Mouzin, sans succès", regrette-t-il. 

 En 2020, l'ADN partiel d'Estelle Mouzin a pourtant été retrouvé à deux endroits sur un matelas saisi en 2003 dans une maison appartenant à la sœur de Michel Fourniret, à Ville-sur-Lumes (Ardennes), où, selon Monique Olivier, son ex-époux a séquestré, violé et tué la fillette. "Je me suis dit bon, c'est pas normal, là, c'est incontestable. Je me suis dit que c’était un ADN nucléaire... Et je lis dans la presse que c’est un ADN mitochondrial et qu’il y a une mutation sur cet ADN. J’ai demandé à des experts, ils m’ont dit que ce n’était pas possible de dire avec certitude que c’est l’ADN de quelqu’un", explique le commissaire. 

Philippe Guichard soutient aussi qu’il est impossible que l’Ogre des Ardennes ait enterré le corps d’Estelle dans les deux jours qui ont suivi son enlèvement car en cette période d'hiver, le sol de Seine-et-Marne "était du béton". 

"Je ne crois pas que ce soit un pédophile, Fourniret"

Après avoir exposé ces points, il tire cette conclusion :" Cela me laisse dubitatif sur l'implication de Michel Fourniret et de Monique Olivier (…) Si j'avais pu vous dire 'je suis certain de leur implication dans le dossier Estelle', je vous le dirais mais je suis dans l'impossibilité de le faire. Mais je suis en proie au doute, il me semble que c'est ma mission de vous le dire."

Sur les bancs des parties civiles, tout le monde s’agite. "Je suis très troublé que vous fassiez la critique du dossier devant cette cour d'assises", réagit Me Seban, avocat d’Eric Mouzin, père d'Estelle. "Je n'ai pas critiqué la procédure de la gendarmerie. J'émets des doutes sur l'implication de Michel Fourniret et de Monique Olivier avec les éléments dont je dispose", répète le commissaire. 

L'une de ses dernières phrases sera une onde de choc dans la salle. Alors que les avocats de la partie civile l'interrogent, le commissaire lâche : "Je ne crois pas que ce soit un pédophile, Fourniret. Je suis désolé. Je crois qu'il cherchait plutôt des jeunes filles pubères". Pour lui, le tueur des Ardennes cherchait plutôt des jeunes femmes et pas des enfants de l’âge d’Estelle. 

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[Courte citation de 8% de l'article original]

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