GRAND ENTRETIEN. "DJ c’est un acte d’amour" : l’iconique Guy Cuevas ressuscite la fièvre du Palace dans une copieuse compilation

France Info - 07/12
Quarante-cinq ans après l'ouverture du Palace, le club de légende qui fit courir le tout Paris entre 1978 et 1983, l'iconique DJ Guy Cuevas, dont les sets aussi cultivés que survoltés comblaient les fêtards, revient avec un triple CD célébrant cette époque et ce lieu emblématique. Rencontré chez lui à Paris, il revient pour nous sur ces années de folie et d'insomnies dont il n'a oublié aucun détail.

Guy Cuevas compte parmi les rares DJ dont le seul nom évoque une époque et un lieu emblématique, celui du tournant des années 70-80 et la fièvre du Palace, après celle du Sept où son talent derrière les platines aimanta et fidélisa d’abord les night-clubbers. Connu pour ses sets éclectiques, érudits et flamboyants, il sort vendredi 8 décembre une copieuse compilation d’une trentaine de morceaux, dans laquelle on retrouve le sel et la fantaisie qui ont fait sa renommée. Ce DJ culte, pionnier des mix savamment construits, nous balade de Fela Kuti aux Sex Pistols, de Yma Sumac à Johnny Guitar Watson et de Françoise Hardy aux B52’s, réactivant la frénésie qui s’emparait chaque soir des danseurs sous la boule à facettes du Sept de la rue Sainte-Anne puis du Palace rue du faubourg Montmartre.

Après la publication l’an passé de son autobiographie haute en couleurs et en anecdotes, Avant que la nuit ne m’emporte (Cherche Midi), et d’une anthologie sortie chez Libreville Records d’une douzaine de ses propres morceaux, dont le classique Obsession et l'inédit Concentrate, ce sorcier du son poursuit donc son retour en pleine lumière après un long passage à vide douloureux. Car Guy Cuevas, né à La Havane (Cuba) en 1945, revient de loin. Durant une quinzaine d’années, au début du millénaire, il a vécu à Thiais, près du cimetière, enfermé dans une chambre de 12 mètres carrés. Et ce alors qu’il perdait définitivement la vue en raison d’un glaucome mal soigné que "la fumée de cigarettes, la neige carbonique, la poussière et les lasers" de ses années clubbing n’ont pas arrangé.

Le bout du tunnel enfin atteint après avoir difficilement accepté sa canne blanche, il vit désormais seul et "heureux" dans un appartement du 16e arrondissement de Paris, où nous l'avons rencontré. A défaut de voir, cet obsédé de musique, qui apprécie particulièrement le jazz, continue d’écouter avec curiosité "tout ce qui sort" et fourmille de projets, y compris dans le cinéma – sa carrière est jalonnée de petits rôles dans des films. De sa voix cassée au délicieux accent latino-américain, cette légende de la nuit revient pour nous sur ses folles années et sur sa nouvelle compilati...
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