Elle est apparue à l’écran en milieu de matinée. Cheveux courts gris-blancs, veste bleu marine sur un pull rouge, Suzanne Goldschmidt, la maman d'Estelle Mouzin, a pris la parole publiquement ce mercredi pour la première fois depuis 20 ans. La dernière fois, c’était en juillet 2003, un peu plus de six mois après que son enfant s’est volatilisée, un soir d’hiver.
Devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine, où Monique Olivier est jugée depuis le 28 novembre pour complicité dans l'enlèvement de la fillette de 9 ans en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne), ainsi que dans les rapts et les meurtres de Marie-Angèle Domèce et Joanna Parrish en 1988 et 1990, cette femme endeuillée âgée de 67 ans a exprimé toute sa tristesse dans un français impeccable marqué par un accent allemand.
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"Estelle était la plus jeune d'une fratrie de trois, elle était très attendue. Elle était une enfant facile, toujours de bonne humeur. Elle avait une personnalité vive et extravertie", commence-t-elle. "C'était une vraie pipelette."
"Elle était fière de rentrer seule de l'école. J'ai commis une grave erreur en la laissant seule rentrer de l'école, je me le reproche et vais me le reprocher jusqu'à la fin de ma vie", poursuit-elle, la voix remplie d'émotion. Ce 9 janvier 2003, Estelle n’est pas rentrée à la maison après la classe. On ne l’a jamais revue.
Comme son ex-mari Éric Mouzin, Suzanne Goldschmidt explique avoir mené un combat sans relâche pour tenter de retrouver sa fille. Mais au bout de deux ans d’"enfer quotidien", elle décide de quitter la France. "Tout était insupportable : la pression médiatique, la reconnaissance des objets remis par les enquêteurs, le cambriolage de notre domicile de Guermantes, le regard des autres, les affiches partout, le long du périphérique parisien. Le regard compatissant des autres me ramenait toujours à l'horreur", détaille-t-elle sans pouvoir contenir ses larmes.
Elle aussi dénonce les ratés de cette enquête, les investigations qui ne mènent à rien avant que, finalement, Monique Olivier ne fasse tomber l’alibi de Michel Fourniret et que des noms soient enfin accolés aux auteurs de ce crime odieux.
Pour elle, l'Ogre des Ardennes et son épouse sont tous les deux responsables de la mort d'Estelle. "Monique Olivier aurait pu sauver Estelle. Elle ne l'a pas fait. Elle a aussi tué Estelle (...) Elle a délibérément, le 10 janvier 2003, décidé de l'abandonner à son sort atroce", souligne la mère de famille d’une voix ferme.
Suzanne Goldschmidt s'adresse ensuite à l'accusée qui, depuis la salle d'audience, regarde l'écran géant sur lequel apparait le visage de la maman d'Estelle, entendue en visioconférence depuis le tribunal judiciaire de Carcassonne. "Je vous demande Monique Olivier qui êtes-vous pour avoir commis cette atrocité ? Pouvez-vous imaginer que vos enfants subissent le même sort d'Estelle ? Enlevée, violée, laissée seule dans une maison glaciale dans le noir ? Notre fille est une enfant innocente. Elle a souffert le martyre pendant 24, voire 48 heures, nous ne le savons même pas."
En concluant son propos, elle implore Monique Olivier : "Si vous avez une once d'humanité encore en vous, dites-nous où est enterrée Estelle !" Elle n'aura pas de réponse à cette question qui la hante depuis plus de 20 ans maintenant.
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