"Des trous dans la raquette", comme les qualifient les spécialistes du terrorisme. Depuis l'attaque qui a fait un mort et deux blessés samedi au pied de la tour Eiffel, à Paris, perpétrée par Armand R., Franco-Iranien de 26 ans, de nombreuses questions se posent toujours.
Interpellé peu après les faits et placé en garde à vue pour une durée maximale de 96 heures, le suspect était connu de la police, de la justice et des autorités sanitaires. Condamné en 2018 à cinq ans d'emprisonnement pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme", dont un an avec sursis et une mise à l'épreuve pendant trois ans, ce dernier en était ressorti en 2020.
Fiché S, cet étudiant en biologie avait été placé sous contrôle judiciaire et sous mesures individuelles de contrôle et de surveillance. Il devait également suivre un traitement suite à des problèmes psychiatriques. Des mesures qui ne l'ont pas empêché de passer à l'acte moins de trois ans après avoir quitté l'enceinte de la prison.
Armand R. a-t-il leurré tout le monde il y a huit ans, à l'occasion d'une première garde, et il y a trois ans, au cours d'une seconde audition ? Interpellé en juillet 2016 alors qu'il fomentait un projet d'attentat à La Défense, l'ancien étudiant en biologie avait reconnu s'être radicalisé un an plus tôt à l'âge de 18 ans et avoir totalement changé de vie, remplaçant la musique par des anasheeds, le temps passé entre amis par une prière quotidienne, et sa passion - la photo - pour la fréquentation d'une mosquée.
Dans la sphère djihadiste, il se faisait appeler "Amine" et demandait à ses parents de faire de même. Face aux enquêteurs, il reconnaissait aussi avoir voulu rejoindre l'État islamique, "être à fond dedans", avant de décider finalement de "tout quitter".
"Je suis tombé dans l'islam le plus pur et j'ai réussi à m'en sortir tout seul", assure-t-il alors aux policiers. Mais très vite, il soutient avoir évolué et avoir désormais les idées "claires" : "Je ne suis plus musulman, mais je m'intéresse quand même à ce qu'il se passe là-bas. J'ai remonté le fil et je me suis dit que l'islam gâchait ma vie." Sans vraiment convaincre, il affirme s'être "radicalisé et auto-déradicalisé".
Face aux incohérences entre ses déclarations et le contenu de certains échanges sur ses réseaux sociaux avec des djihadistes notoires, le suspect tente de se justifier. "J'avoue que, sur Twitter et Facebook, mon comportement n'est pas logique et, même moi, je n'arrive pas à l'expliquer. Je suis contre la coalition qui bombarde la Syrie et l'Irak. J'essaie de l'expliquer aux gens." Et de commenter : "J'ai fait huit mois de radicalisation, peut-être que je n'en suis pas sorti, j'ai encore des séquelles, même s'il n'y a plus d'idéologie derrière. Je reconnais que mes pensées ne sont pas normales et je pense que j'ai besoin d'un suivi pour m'aider à travailler dessus."
Il nie également être dans la dissimulation (la taqiya) et soutient n'avoir jamais eu l'intention de commettre d'action violente sur le sol français, ce pourquoi il a pourtant été mis en examen à l'époque.
En 2020, après quatre années de prison, Armand R. retrouve la liberté. Il est alors soumis à un suivi psychologique et psychiatrique, ainsi qu'à un traitement médicamenteux à base de neuroleptiques atypiques. Selon nos informations, le suspect aurait arrêté ce traitement à compter de mars 2022, en accord avec son médecin.
"Compte tenu de certains incidents, en particulier d'une prise de contact via les réseaux sociaux avec un individu radicalisé, en l'espèce, le futur auteur de l'assassinat de Samuel Paty, le parquet national antiterroriste (Pnat) avait obtenu un renforcement des obligations auxquelles l'intéressé était soumis", a expliqué Jean-François Ricard, procureur de la République antiterroriste, à l'occasion d'une conférence de presse ce dimanche. Une décision qui intervient après que, en octobre 2020, Armand R. a indiqué de lui-même aux policiers avoir échangé sur les réseaux sociaux avec Abdoullakh Anzorov, deux jours avant que le terroriste ne tue le professeur Samuel Paty. Placé une nouvelle fois en garde à vue, il déclare : "J’ai la haine contre les islamistes qui appellent ouvertement ou non à la violence." Il avait alors été remis en liberté sans poursuite.
Toutefois, "l'évolution de certains troubles psychiatriques déjà relevés lors de sa détention conduisaient le Pnat à requérir la réalisation d'une nouvelle expertise psychiatrique", a rappelé le magistrat antiterroriste dimanche soir. "À la suite de cette dernière, l'auteur était soumis à une injonction de soin impliquant un suivi psychiatrique resserré et contrôlé par un médecin coor...
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