Dans le département le plus pauvre de France, la situation sociale et sécuritaire est explosive sur ce petit archipel de l'océan Indien, actuellement privé d'eau courante plus de deux jours sur trois. À la sortie des cours à 16h30, dans le lycée "Younoussa Bamana", la moitié des élèves est autorisée à quitter les lieux, tandis que l'autre moitié doit patienter une demi-heure à l'intérieur de l’établissement, entouré de fils barbelés, comme dans une prison. Il s'agit d'une sortie en deux temps, encadrée par des policiers lourdement armés, comme on peut le voir dans le reportage de TF1 en tête de cet article.
L'objectif est que les deux bandes rivales, qui cohabitent dans ce lycée de Mamoudzou, ne se croisent pas dans la rue. Des médiateurs sont postés à l'entrée des bus, car pas une semaine ne passe sans que des véhicules scolaires ne soient caillassés. Le plexiglas a remplacé les vitres, une matière moins dangereuse en cas d'éclatement.
Depuis dimanche dernier, des affrontements ont lieu entre des villages de cet archipel de l'océan Indien. Selon la gendarmerie, une centaine de jeunes, éparpillés dans des groupes, se sont attaqués lundi 27 novembre au soir, puis à nouveau mardi. Plusieurs infrastructures et véhicules des forces de l'ordre ont été ciblées ce lundi, comme les locaux de la police municipale et un supermarché, pillés, rapporte la gendarmerie.
Pour Gaëtane, quinze ans, c'est une angoisse de rentrer le soir chez elle. "Moi, je suis la grande à la maison. Mes petits frères et sœurs vont à l'école, et ma mère est toute seule. Elle est inquiète tout le temps, elle pleure souvent. C'est un sentiment de traumatisme maintenant pour nous. Après, on s'habitue et tout le monde se tait. C'est pour ça que ça continue. J'ai peur des menaces", confie la jeune lycéenne.
Les violences entre jeunes sont si fréquentes que la police déploie des drones, afin de surveiller en permanence les rues de Mamoudzou. Parfois, les forces de l'ordre sont ciblées. "Si on n'est pas là, tous ces affrontements se reproduisent le matin, le midi à la sortie pour la restauration, et le soir, tous les jours", indique un gendarme.
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Ces tensions paralysent totalement les axes routiers, et ont plongé ces derniers jours les habitants dans l'insécurité, alors que le département subit une sécheresse historique et un manque constant d'eau. En réaction, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé ce mardi l'envoi d'un escadron supplémentaire de 80 gendarmes mobiles sur place pour "lutter contre la délinquance". Conséquence de ce déploiement policier : les incarcérations explosent sur l'île, presque 500 depuis le début de l'année, soit quasiment le triple par rapport à 2022.
L'État français déploie ainsi des moyens considérables pour éviter les débordements à Mayotte, en train de s'engluer dans une crise profonde et confronté à une forte pression migratoire des Comores voisines. Le 8 décembre prochain, la Première ministre Elisabeth Borne se rendra sur l'île pour parler eau, logement et immigration.
Retrouvez plus de détails dans le reportage en tête de cet article.
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