Les COP, Bertrand Piccard en a l'habitude. Depuis de nombreuses années, le fondateur de Solar Impulse, une fondation à la tête de laquelle il a labellisé plus de 1000 solutions pour assurer la transition écologique, arpente les couloirs et discute avec les décideurs : chefs d'État et de gouvernement, chef d'entreprises, lobbyistes.
Le Suisse s'exprimera d'ailleurs lors du World Leader Summit face aux dirigeants du monde entier. Depuis Dubaï, l'explorateur et psychiatre suisse tient son "journal de COP" pour TF1.
"C'était d'être dans cette salle qui regroupait la quasi-totalité des chefs d'État et de gouvernement du monde, de les côtoyer, de les entendre parler. C'était comme un grand club qui se retrouvait et j'étais au milieu.
Il y avait beaucoup de négociations internes, car chacun d'entre eux a sur le dos de l'inflation, une guerre, des problèmes sociaux, des problèmes économiques, auquel s'ajoute le changement climatique. Ils se rencontrent aussi pour parler de tout ça. Dans leur discours, ils ont d'ailleurs fait allusion aux autres guerres et aux tensions internationales. Ces sujets prennent beaucoup de place."
"J'ai eu une discussion très intéressante avec Charles Michel, le président du Conseil européen. Je l'ai interrogé sur les déclarations du président du Brésil, Lula, qui a annoncé la fin de la déforestation dans son pays en 2030. Ce n'est pas très ambitieux ! Et c'est incroyable que le président du Brésil n'ait pas le pouvoir d'arrêter la déforestation avant 2030. S'il ne l'a pas, qui l'a ?
Charles Michel m'a répondu que l'Europe avait décidé d'interdire les produits issus de la déforestation. Ça, c'est une vraie décision. Ça m'a marqué, car ça montre qu'on peut agir. Et finalement, en Europe, nous sommes assez bien lotis avec un Conseil, une Commission et un Parlement qui prennent des décisions ambitieuses ; beaucoup plus que ces chefs d'État qu'on croit tout-puissants alors qu'ils ne le sont pas."
"Ce qui est extraordinaire, c'est que le sujet qui faisait débat n'a même pas fait débat ! Il s'agit du fonds d'indemnisation pour les pays du Sud sur lequel tout le monde s'est mis d'accord. L'an dernier, ce sujet a été utilisé par les pays du Sud comme une condition préalable à l'acceptation de l'ordre du jour de la COP27 et ça a retardé le début des débats, car personne n'était d'accord.
Cette fois, le fonds a été traité dans les tout premiers points de procédure administrative par Sultan Al-Jaber [qui préside la COP28] et c'est passé sans aucune opposition. C'est peut-être aussi le résultat d'une diplomatie assez subtile des Émirats arabes unis qui ont négocié à l'avance un certain nombre de points. Ce qui était prédit pour être une pierre d'achoppement qui allait retarder les débats a été traité en 30 secondes et une standing ovation."
"J'ai demandé à un chef d'État la raison pour laquelle toutes des déclarations à la tribune, faites par ses collègues, n'étaient suivies d'aucun résultat, et il m'a répondu que les chefs d'État avaient énormément de pression et qu'ils n'étaient pas libres de décider ce qu'ils veulent. Cette pression vient du secteur économique. De tous ceux qui vous disent que telle mesure entrainera du chômage, telle autre vous fera perdre des marchés.
On voit que les chefs d'État sont en train d'arbitrer un match entre les pressions économiques et les pressions écologiques. Mais il faut justement arrêter de considérer que c'est un match. Aujourd'hui, grâce à toutes les solutions économiquement rentables, grâce aux énergies renouvelables moins chères que les énergies fossiles, il ne devrait y avoir plus qu'une équipe et pas deux équipes.
C'est sûr qu'il y a des intérêts privés à court terme qui poussent certaines personnes à ne pas changer ce qu'ils font : quand vous êtes patron d'une entreprise pour deux ans encore, vous préférez finir en encaissant vos stock-options plutôt que tout changer maintenant. Et je dois dire qu'en politique, on est malheureusement davantage réélu si on ne fait rien que si on fait beaucoup."
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"Aujourd'hui, dans ces négociations, on est plus dans la psychologie, dans des obstacles psychologiques, que dans des obstacles écologiques. Tous ces chefs d'État ne restent que des êtres humains moins puissants qu'on ne le croit et qui pour la plupart n'ont pas du tout autant de connais...
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