"Des pas de géants" : c'est ce que doivent faire les gouvernements du monde entier pour "éviter la crise climatique", a averti Simon Stiell, le patron de l'ONU Climat, avant l'ouverture de la COP28 à Dubaï. Car pour l'heure, les engagements climatiques des États permettent seulement d'entrevoir une baisse des émissions mondiales de 2% en 2030 par rapport à 2019, loin des 43% préconisés par les experts pour espérer limiter le réchauffement à 1,5 degré, comme prévu dans l'Accord de Paris. Entre 2015 et 2022, les émissions mondiales de CO2 sont même passées de 35,6 à 38,2 gigatonnes, alors qu'elles auraient dû commencer à diminuer dès 2015.
"Est-ce que cette COP sera l'occasion d'un sursaut ?", s'interroge Antoine Gillod, directeur de Climate Chance, l'Observatoire mondial de l'action climat. Certains en doutent, d'autant que cette 28ᵉ édition est organisée à Dubaï, pays producteur de pétrole, et présidée par le sultan Al Jaber, patron de la puissante compagnie pétrolière émiratie Adnoc. Des appels au boycott ont d'ailleurs circulé, soutenus en France par 200 chefs d'entreprises engagés dans la transition écologique.
"Une COP, ce n'est pas l'entre-soi des amis du climat. Il faut justement que les pétroliers soient là", balaie Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique (groupe écologiste) et président de l'association Climate Chance. "Les majors du pétrole doivent financer la transition."
On va peut-être enfin mettre sur la table les enjeux cruciauxSébastien Treyer, directeur général de l'Institut du développement durable et des relations internationales
"On va peut-être enfin mettre sur la table les enjeux cruciaux, notamment sur les énergies fossiles", espère Sébastien Treyer, le directeur général de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Pour la première fois, les pays engagés par l'Accord de Paris vont en dresser le bilan formel et, surtout, dire ce qu'ils font de ces conclusions. "Atténuation, adaptation, finances vertes : on attend des choses précises sur ce qui a été fait, mais surtout, sur ce qui sera fait, alors que les États doivent présenter leurs nouveaux engagements de réduction en 2025", commente un observateur.
Ils devront aussi se mettre d'accord sur la somme et le fonctionnement du fonds "pertes et dommages" pour les pays en développement. Et se prononcer sur des objectifs à atteindre en matière d'énergies renouvelables, de sobriété et d'efficacité énergétique.
Symboles de cette COP28, ce bilan mondial inédit - le " Global Stocktake" - des progrès réalisés depuis l'Accord de Paris devra être conclu par une décision politique, votée par consensus.
Le constat est connu : un rapport technique publié début septembre a relevé sans surprise une action très insuffisante. "Les principes fondamentaux de l'Accord de Paris ne sont pas encore respectés par les 197 parties", déplorait à l'époque le chef de l'ONU Climat, soulignant que "la charge de la réponse" incombe en premier lieu à 20 pays. En ligne de mire : les membres du G20, qui représentent 80% des émissions mondiales.
À Dubaï, il ne s'agira pas toutefois de faire la liste des bons et des mauvais élèves. Même si la Chine devrait en profiter pour affirmer qu'elle sera en mesure de réduire ses émissions de CO2 l'an prochain grâce aux énergies renouvelables, selon une étude publiée sur le site Carbon Brief.
La France, elle, défendra la "sortie progressive des énergies fossiles" et "un engagement à atteindre le pic des émissions mondiales d'ici à 2025".
Des dizaines de pays souhaitent aussi voir figurer dans le texte un appel explicite à réduire les fossiles, ce qu'aucune COP n'a jamais réussi. Le charbon, par exemple, n'avait été cité pour la première fois qu'en 2021, à la COP26 de Glasgow. Pourra-t-on y arriver au pays du pétrole ? "Sans doute pas jusqu’à acter une date de sortie", observe Antoine Gillod.
Les investissements annoncés dans les énergies fossiles ne vont pas dans le bon sens : ainsi, la compagnie du sultan Al Jaber vient d'annoncer l'investissement de 150 milliards de dollars sur cinq ans dans l'expansion des capacités de production d'hydrocarbures. "TotalEnergies investit quatre milliards de dollars dans les énergies bas-carbone, mais cela inclut le gaz", abonde un observateur. "Certes, le gaz émet presque deux fois moins que le pétrole, mais 70 fois plus que le nucléaire..."
Nombre de pays poussent pour obtenir une sortie des énergies fossiles dites "unabated", c'est-à-dire sans captage ou stockage du CO2. Celles qui, en gros, repartent dans l'atmosphère. Reste encore à s'accorder sur ce qu'autoriserait ce terme vague, qui pourrait représenter une potentielle échappatoire pour l'industrie pétrogazière.
Est-ce que ça veut dire que dès qu'on capture 1% du CO2, c'est bon ?Lola Vallejo, de l'Iddri
"Est-ce que ça veut dire que dès qu'on capture 1% du CO2, c'est bon ?", demande Lola Vallejo, directrice du programme climat de l'Iddri. "La technologie de capture du CO2 a généré beaucoup d'attentes, mais l'Agence internationale de l'énergie est très ...
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