"J'ai cru mourir", a témoigné pour la première fois Sandrine Josso lundi soir sur France 5. La députée qui accuse le sénateur Joël Guerriau de l'avoir droguée à son insu en vue d'une agression sexuelle a livré sa version des faits et le déroulé de la soirée, affirmant qu'"il est primordial de comprendre qu'on peut tous subir ce que j'ai subi aujourd'hui". Soucieuse de "sensibiliser" l'opinion publique à propos de la soumission chimique plus que de parler de son cas personnel, elle a enjoint "le gouvernement à faire quelque chose par rapport à ce fléau". Aujourd'hui, quelle est l'ampleur de ce phénomène ?
Tout d'abord, qu'est-ce que la soumission chimique ? Selon une définition disponible sur le site du ministère de la Santé et reprise par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), il s'agit de l'"administration volontaire à des fins criminelles (viol, actes de pédophilie) ou délictuelles (violence volontaire, vol) de substances psychoactives à l’insu de la victime ou sous la menace".
Le phénomène a été médiatisé par les cas de soumissions chimiques dans les bars et lieux festifs, à l'aide de GHB, aussi appelée "drogue du violeur". Or, "les substances utilisées sont majoritairement des médicaments (type somnifères, sédatifs, anxiolytiques, antihistaminiques etc…)" et dans la majorité des cas recensés, c'est "l’entourage proche, professionnel ou amical, et en particulier le cercle familial notamment au sein du foyer, qui est impliqué en première ligne", rappelle le mouvement "M'endors pas : stop à la soumission chimique", dont le but est d'alerter et informer sur les cas survenus dans la sphère privée.
Cette association a été fondée par Caroline Darian, fille de Dominique P., qui sera jugé en mars 2024 pour avoir drogué sa femme pendant 10 ans, victime de viols par une cinquantaine d'hommes à qui elle était "livrée" par son mari. En plus des crimes commis sur les victimes sous l'influence de drogues, facilités par l'amnésie et la sédation dues aux médicaments, dans les cas de soumission chimique répétées au long cours, les conséquences sur la santé sont graves. D'autant plus que "face aux symptômes et en absence de conscience des violences subies, certaines victimes multiplient les consultations médicales à la recherche d’un diagnostic toujours insatisfaisant", constate le mouvement.
Sait-on combien de personnes sont victimes de soumission chimique chaque année ? Comme dans les affaires de viols ou d'agressions sexuelles, la difficulté à se souvenir des faits ou à recueillir des preuves, le fait que l'agresseur soit bien souvent un membre de l'entourage ou la faible judiciarisation des affaires tendent à compliquer la libération de la parole et le dépôt de plainte, et donc rendent le phénomène largement sous-estimé. Toutefois, depuis 2003, l'ANSM a mis en place un dispositif d'observation qui permet de recenser tous les cas enregistrés de soumission chimique, d'identifier les substances en cause, de mieux définir les contextes des agressions ou le modus operandi des agresseurs.
La dernière étude publiée, en juillet 2023 sur les cas survenus en 2021, indique que 727 signalements suspects ont été enregistrés cette année-là (+34,9% par rapport à 2020). 35,4% des faits signalés sont survenus dans des lieux festifs, 22,1% dans des lieux privés. Dans 75,5% des cas, les faits signalés l'ont été pour agressions sexuelles, 6,3% pour violences physiques, 5,1% pour des vols.
Sur ces 727 signalements suspects, l'ANSM dénombre 291 cas de vulnérabilités chimiques, 354 cas de soumissions chimiques possibles et 82 cas de soumissions chimiques vraisemblables. Ces derniers concernent des femmes dans près de 70% des cas, et des victimes âgées de 1 à 64 ans, dont 22 mineurs et 15 enfants de moins de 15 ans. Dans près de 70% des cas, l'agression sexuelle est l'infraction la plus souvent rapportée. Sur ces cas vraisemblables, la prise du produit à l'insu des victimes ou sous la menace a lieu majoritairement dans un contexte privé (42,6%). L'ANSM confirme que "comme chaque année, les médicaments psychoactifs sont majoritairement incriminés (56%) avec toutefois une nette progression
des substances non médicamenteuses (44% vs 28% en 2020) notamment de la MDMA".
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[Courte citation de 8% de l'article original]