La Russie a-t-elle délibérément laissé des migrants franchir la frontière avec son voisin dans une tentative de déstabilisation de l'Union européenne ? Ce sont les accusations portées par Bruxelles et la Finlande. Pour contrer le phénomène, les autorités du pays nordique ont fermé la moitié des points de passage avec son voisin dans la soirée du vendredi 17 novembre au samedi 18 novembre.
Il faut dire que depuis le mois de septembre, le nombre de demandeurs d'asile non-européens à cette frontière a explosé. En tout, quelque 280 requêtes ont été enregistrées depuis la rentrée, selon les chiffres des gardes-côtes communiqués par la ministre de l'Intérieur, Mari Rantanen. Un nombre qui reste "relativement bas" mais qui augmente "de façon significative sur une courte période", a-t-elle précisé devant les journalistes. Et qui ne tarit pas. Lundi, les autorités ont recensé 39 personnes arrivées à la frontière sud-est, soit plus que les 34 enregistrées sur l'ensemble de la semaine passée.
Au-delà des chiffres, il y a des changements visibles dans les nationalités des personnes. Depuis la fin de l'été, les citoyens russes ont laissé la place à des hommes venus de pays lointains, principalement d'Irak, de Somalie et du Yémen. Des migrants qui voyagent sans visas tandis qu'auparavant "les autorités russes ne permettaient pas à des personnes de franchir cette frontière sans papiers", comme le relève le quotidien Hufvudstadsbladet.
Autant d'éléments qui s'ajoutent aux nombreuses "indications et d'informations" dont dispose le gouvernement finlandais. Et qui poussent Mari Rantanen à estimer que ces personnes "sont manipulées pour entrer en Finlande".
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Ce qui fait craindre une "manœuvre délibérée" du voisin soviétique, pour reprendre l'expression du Premier ministre finlandais, Petteri Orpo. D'autant qu'en avril, le Kremlin avait menacé de prendre des "contre-mesures" après l'adhésion de la Finlande à l'Otan.
Une analyse que partage Bruxelles. Vendredi, la Commission européenne a, elle aussi, noté "une augmentation des arrivées" à la frontière et dénoncé "l'instrumentalisation des migrants par la Russie". Une pratique décrite comme "honteuse", par Ursula von der Leyen. "Je soutiens pleinement les mesures prises par la Finlande. Et je remercie les gardes-frontières finlandais de protéger nos frontières européennes", a déclaré la présidente de la Commission européenne sur X après s'être entretenue avec le Premier ministre finlandais.
I had a call with PM @PetteriOrpo who informed me about the situation at the border with Russia. Russia’s instrumentalisation of migrants is shameful. I fully support the measures taken by Finland. And I thank the Finnish Border Guards for protecting our European borders. — Ursula von der Leyen (@vonderleyen) November 16, 2023
En août, déjà, la Pologne avait accusé la Biélorussie, alliée de Moscou, et la Russie d'orchestrer une vague de migrations pour déstabiliser la frontière polonaise. La pratique avait également déjà été constatée en 2015 et en 2016, en pleine crise migratoire.
Si bien que le Premier ministre n'est "pas surpris" par la situation. "Nous nous étions préparés à différentes sortes d'actions, d'actes de malveillance de la part de la Russie", a-t-il déclaré. Par conséquent, la Finlande a décidé de fermer sa frontière de 1340 kilomètres qu'elle partage avec son voisin. Dans la nuit de vendredi à samedi, elle a bloqué la moitié de ses points de passage frontaliers, laissant uniquement quatre passages ouverts plus au nord, provoquant des affrontements entre la police finlandaise et les migrants qui essayaient de passer.
Last night at Niirala border crossing, on #Finland - #Russia border, a group of irregular migrants from Syria and Iraq attempted to push through the border into Finland; Finnish police had to use tear gas to prevent their entry: pic.twitter.com/YZa1eS3AR3 — Alex Kokcharov (@AlexKokcharov) November 18, 2023
Une décision que "regrette profondément" le Kremlin. Sans répondre aux accusations d'instrumentalisation, le porte-parole du palais présidentiel a simplement déploré que les autorités finlandaises "aient choisi le chemin d'une distanciation délibérée du bon caractère des relations qu'on avait avant". "Cette évolution négative des événements conduira naturellement à des mesures de rétorsion", a surenchéri le ministère des Affaires étrangères russe.
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