L'avis d'Emmanuel Macron sur le glyphosate a considérablement changé depuis sa première élection en 2017. Ce jeudi, la Commission européenne a renouvelé l'autorisation du glyphosate dans l'Union européenne pour 10 ans. Mais lors de la délibération, "la France s’est de nouveau abstenue", a expliqué le ministère de l'Agriculture. "La France n’est pas contre le principe du renouvellement de la molécule, mais veut réduire rapidement son usage et encadrer l’utilisation de la molécule, pour en limiter les impacts, et le remplacer par d’autres solutions chaque fois que c’est possible", a précisé le gouvernement dans un communiqué. Mais cela n'a pas toujours été sa position.
En novembre 2017, le président de la République s'est engagé pour que le glyphosate soit interdit en France "au plus tard dans trois ans", malgré un vote européen réautorisant l'herbicide. "J'ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l'utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans", a-t-il écrit sur Twitter à l'époque. Les 27 venaient de voter pour une nouvelle autorisation européenne pour les 5 prochaines années, la France avait voté contre.
Au sein du gouvernement, les fervents opposants au glyphosate, parmi lesquels l'ex-ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, ont échoué à faire inscrire la sortie du glyphosate d'ici 2021 dans le projet de loi agriculture et alimentation. Au moment de sa démission parce qu'il se sentait "tout seul à la manœuvre" sur les enjeux environnementaux, l'échec de Nicolas Hulot sur le glyphosate a été évoqué comme l'une des raisons de son départ.
En janvier 2019, c'est Emmanuel Macron lui-même qui est revenu sur ses engagements de 2017. Il a reconnu alors que la France ne parviendrait pas à se passer "à 100%" du glyphosate dans les trois ans malgré sa promesse. "Je sais qu'il y en a qui voudraient qu'on interdise tout du jour au lendemain. Je vous dis : un, pas faisable et ça tuerait notre agriculture. Et même en trois ans, on ne fera pas 100%, on n'y arrivera pas, je pense pas", déclarait-il depuis la Drôme. "Il faut au maximum avoir des alternatives non chimiques en s'organisant autrement", poursuivait le chef de l'État. Selon l'Anses, le glyphosate peut être le plus souvent remplacé par des moyens mécaniques (désherbage manuel, machines dédiées…) même si cela entraîne un besoin de main d'œuvre supplémentaire.
Près d'un an après, le président a avoué un échec auprès de Brut, reconnaissant ne pas avoir tenu sa promesse de sortir du glyphosate en trois ans. "Je n'ai pas changé d'avis" mais "je n'ai pas réussi" à l'accomplir, c'est un échec "collectif". "Pourquoi on n'a pas réussi ? (…) Quand les autres ne vont pas au même rythme que nous, ça créé de la distorsion de concurrence et on sacrifie notre agriculture pour régler le problème", disait-il. "Quand on veut lutter contre les pesticides, c'est l'Europe le bon niveau. On ne peut pas gagner la bataille tout seul si on n'a pas les autres européens."
Lire aussi
Glyphosate : 5 questions pour comprendre le débat autour de l'herbicide contesté
Aujourd'hui, la France se félicite tout de même d'avoir encadré le glyphosate pour en limiter son usage. Il est désormais interdit aux particuliers et aux collectivités et les doses encadrées pour les agriculteurs. "Son utilisation sera toujours autorisée là où il n'existe pas d'alternative, et le gouvernement, à travers le plan Ecophyto (d'évaluation des substances utilisées et de recherche de nouvelles molécules, ndlr), continuera à rechercher des alternatives et à accompagner les agriculteurs", indique le communiqué du ministère de l'Agriculture publié ce jeudi.
Sur lemême thème