L’intelligence artificielle est-elle l’avenir de la musique ? Alors que "Now and Then", la chanson inédite des Beatles, cartonne partout dans le monde, c’est au tour d’Edith Piaf de faire l’objet d’un projet étonnant. Soixante après la mort de l’interprète de "La Vie en rose", les nouvelles technologies vont permettre de recréer sa voix et son apparence dans un film d’animation sobrement intitulé Edith.
Annoncé par Warner Music Group et la société de production Seriously Happy, il sera réalisé avec l’accord de Christie Laume et Catherine Glavas les deux belles-sœurs et héritières de l’icône. Retraçant son parcours des années 1920 aux années 1960, entre Paris et New York, il est piloté par deux réalisateurs français, Gilles Marlier et Julie Veille, également scénariste. Cette dernière raconte à TF1info les coulisses de cet événement.
Un avant-goût de Piaf ressuscitée par l'IA... - Warner / Seriously HappyComment est né ce projet de film d’animation consacré à Edith Piaf ?
L’idée est venue de mes expériences passées puisque j’ai réalisé des documentaires musicaux sur des artistes iconiques. Le dernier, réalisé sur Diana Ross pour Arte, m’avait permis d’utiliser de l’animation déjà, et j’avais trouvé que ce moyen permettait de pallier le manque d’images et de pouvoir raconter mieux sa vie et son histoire. Et puis j’ai lu Le Dernier amour d'Edith Piaf (Éditions de l'Archipel), un livre écrit par Christie Laume, l'une de ses héritières, qui m’a particulièrement séduit parce qu’il abordait des aspects de sa vie que je ne connaissais pas du tout. Je me suis alors demandé comment la raconter au mieux afin de toucher la nouvelle génération. L’animation m’a alors semblé le meilleur moyen d’aller au plus proche et au plus vrai de son histoire.
Que vous permet l’intelligence artificielle qu’il était impossible de faire auparavant ?
Tout ! Elle permet tout, l’intelligence artificielle, à partir du moment où elle est utilisée à bon escient. Elle permet de redonner vie à des artistes qui ne sont plus là, évidemment dans le plus grand respect. Elle nous permet de réentendre leur voix et de les voir en images au plus proche de ce qu’elles étaient. Et c’est merveilleux, si c’est fait avec le plus grand respect.
Concrètement, l’IA a été nourrie avec les images et la voix d’Edith Piaf ?
Deux sortes d’IA vont être utilisées pour ce film. Un process de "voice cloning" pour la voix et un autre de "deepfake" pour la reproduction de l’image de Piaf. Pour la voix, on se base sur des heures et des heures d’interviews qui ont été mises dans la machine et qui ont permis de recréer sa voix avec toutes les intonations et les émotions qu’on lui connait. Nous avons fait appel à Respeecher, une société ukrainienne qui a notamment travaillé sur la série The Mandalorian. Elle a été très challengée car les bandes audio étaient vieilles et la qualité n’était pas très bonne. Pour l’image c’est Mac Guff, la société française qu’on connait bien pour Moi Moche et Méchant, Les Minions, etc. De la même manière, ils ont entré dans la machine des milliers d’heures de vidéo de Piaf pour redonner vie à son visage.
On voulait être dans le réalisme, ses héritières aussi. Or en animation c’est ce qu’il y a de plus durJulie Veille
Vous êtes-vous posé des questions éthiques par rapport à l’utilisation de cette technologie ?
Comme on travaille main dans la main avant les ayants droit qui nous ont accordé leur plus grande confiance, on ne s’est pas posé beaucoup de questions. Mais on s’est mis beaucoup de pression ! De la pression pour honorer toutes les valeurs que véhicule Edith Piaf et l’amour que lui portent ses héritières. Il fallait donc être dans l’excellence, la sincérité et le réel de ce qu’elles attendaient puisqu’elles la connaissaient parfaitement bien.
Au regard des possibilités de l’IA aujourd’hui, vous auriez presque pu faire jouer Piaf à une actrice en lui collant son visage. Y avez-vous songé ?
Non, parce qu’on est vraiment parti sur l’idée d’un film d’animation. Et puis la fiction a été réalisée avec La Môme (d’Olivier Dahan avec Marion Cotillard – ndlr) et personne ne pourra faire mieux.
A-t-il été facile de convaincre les héritières d’Edith Piaf. Avaient-elles des réserves ?
Elles avaient énormément de réserves. Elles sont dans le respect, la protection de l’image d’Edith Piaf et elles craignaient beaucoup l’animation. Elles trouvaient ça dangereux, que ça pourrait devenir trop "cartoon" pour elles. Il a fallu avoir de nombreux échanges, leur montrer les dessins avant d’entrer en test d’animation pour être sûrs que ça leur plaise. On voulait être dans le réalisme, elles aussi. Or en animation c’est ce qu’il y a de plus dur. Elles ont suivi le projet à chaque étape et, très vite, elles ont été rassurées.
Co...
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