Sans toit ni loi : Retour sur le plus grand succès d'Agnès Varda

Première - 06/11
Arte consacre sa soirée à la réalisatrice française, qui est en ce moment à l'honneur à la Cinémathèque.

Arte consacre sa soirée à la réalisatrice française, qui est en ce moment à l'honneur à la Cinémathèque.

A 20h50, la 7e chaîne proposera Sans toit ni loi, puis à 22h35, un documentaire narré par Louis Garrel intitulé Viva Varda ! (déjà visible gratuitement en ligne). Qui est également le titre de la rétrospective organisée par la Cinémathèque Française en l'honneur de la réalisatrice Agnès Varda, disparue en 2019 à l'âge de 90 ans. 

Voici notre analyse du succès de Sans toit ni loi, initialement publiée dans Première Classics en 2018.

Agnès Varda est-elle alchimiste ? De suie et de sueur, elle a su tirer un Lion d’Or. Quand la réalisatrice monte sur la scène du Palais des festivals du Lido ce 6 septembre 1985 pour recevoir la récompense suprême de la Mostra de Venise, elle a de quoi être fière. Personne ne s’attendait à voir son film, Petit Poucet de la compétition, couronné au palmarès. Toute de mauve vêtue, elle accepte ce Lion d’Or devant Frank Capra, John Huston, et surtout Federico Fellini, l’un de ses cinéastes préférés.

Il s’en est fallu de peu pour que ce jour n’arrive pas. Sans toit ni loi est un film qui s’est fait hors des radars, avec un micro budget et ne doit qu’à l’énergie d’une poignée de croyants d’être arrivé à son terme. Ce film à petit budget, mais pas un petit film, symbolise tout ce qui fait la singularité de l’inclassable cinéaste. S’y mêlent son goût pour le documentaire, sa manière si particulière de brosser le réel et son esthétique précise héritée d’années à cadrer les acteurs derrière son objectif comme photographe du TNP de Jean Vilar.

C’est la mort, qu’on apprend par brèves dans le journal, qui a interloquée Agnès Varda. Quelques lignes dans la presse locale qui commencent toujours par « On a retrouvé le corps sans vie… » C’est ainsi que finissent les femmes et les hommes errants, rejetés de tous et enveloppés dans la mort par une vague de froid. Ils n’étaient pas encore des milliers, on ne les appelait pas encore des SDF.

Agnès Varda, revenue de son exil californien, est choquée d’apprendre que, dans la France dynamique et moderne de la fin du XXe siècle, on peut mourir de froid. L’abbé Pierre ne fait plus entendre sa voix. Coluche n’a pas encore fondé les Restos du cœur. La cinéaste, elle, s’exprime par courts métrages, par courts messages. Ses projets de longs ne trouvent plus producteur. Alors, elle revient sur ses propres traces. Elle tourne Ulysse, réflexion sur le souvenir, quête de mémoire. À 54 ans, elle reçoit son premier César… du court métrage ! FR3 lui commande alors une série où elle va décliner ce processus de dissection des images en format court pour une série de 170 émissions de télévision de 2 minutes. Elle écrit, mais ne trouve toujours pas de financement. L’été suivant, c’est au Festival d’Avignon, à l’ombre d’une installation d’art contemporain, qu’elle va tourner 7 P., cuis., s. de b.,… à saisir. Dans ce film très expérimental, sous forme de visite d’un appartement pri...
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