INTERVIEW - Une "tempête explosive" comme Ciarán, un phénomène de plus en plus fréquent ?

LCI - 31/10
[VIDÉO] - Le nord-ouest de la France se prépare à l'arrivée de la tempête Ciarán. Annoncée d'une force exceptionnelle, elle devrait générer des vents violents sur les côtes du nord-ouest de la France. Les tempêtes sont-elles vraiment plus violentes ou plus fréquentes ? Éléments de réponses avec le climatologue Christophe Cassou.

Le nord-ouest de la France se prépare à l'arrivée de la tempête Ciarán.
Annoncée d'une force exceptionnelle, elle devrait générer des vents violents sur les côtes du nord-ouest de la France.
Les tempêtes sont-elles vraiment plus violentes ou plus fréquentes ?
Éléments de réponses avec le climatologue Christophe Cassou.

La tempête Ciarán, qui s'est formée dans l'Atlantique Nord, devrait frapper les côtes du nord-ouest de l'Hexagone mercredi soir. Accompagnée de vents violents, l'arrivée de cette dépression est particulièrement redoutée en Bretagne, mais aussi en Normandie. Le précédent de la tempête de décembre 1999 est dans tous les esprits, même si ce rapprochement est encore difficile à étayer. Ciarán a toutefois eu un processus de formation analogue, celle d'une "tempête explosive", que nous explique ici le climatologue Christophe Cassou. Pour ce directeur de recherche au CNRS, si ces phénomènes ne sont pas forcément plus intenses ou plus fréquents, leur impact pourrait être plus redoutable.

"Tempête explosive"

Sait-on où et comment est née la tempête Ciarán, qui risque de frapper les côtes françaises cette semaine ?

Ciarán a connu un processus de formation assez classique dans l'Atlantique. Les tempêtes sont générées par une différence de température marquée sur l’ouest de l’océan, c'est-à-dire du côté du continent américain. Dans cette zone, le froid descend du nord, et entre en contact avec de l’air chaud plus au sud. Quand les contrastes sont très marqués, des tempêtes se génèrent, qui sont ensuite transportées vers l’Europe.

Cette tempête Ciarán résulte d’un conflit de masses d’air très fort sur le continent nord-américain, qui se déplace ensuite sur l’océan, et qui génère cette tempête, transportée de manière rapide de l’Amérique à chez nous. Mais dans son cas, la température de l'eau a également eu un rôle. Les différences de température sont maximales sur le continent nord-américain, mais aussi au large de celui-ci, là où les eaux chaudes du Gulf Stream entrent en contact avec le courant froid du Labrador. Sur quelques centaines de kilomètres, les différences de température de l’eau de l’océan peuvent y atteindre 15 à 20°.

Les tempêtes naissantes sont ensuite confrontées à de grandes circulations atmosphériques, à 12 ou 13 km d’altitude. C'est ce qu'on appelle le Jet stream, un courant d’ouest très fort, un véritable tube de vent, situé à cette latitude-là. Quand les deux entrent en résonance, on a la formation d’une tempête dite "explosive". Ce qualificatif est utilisé quand la pression chute très rapidement, de plus de 24 millibars en 24 heures. C’est ce qui s'est passé pour la tempête Ciarán. 

On annonce que Ciarán sera plus porteuse de vents forts que de pluies, c'est une autre spécificité ?

Oui, parce que ce sont des tempêtes qui se déplacent très rapidement, du coup les cumuls de pluie ne sont pas si importants. C’est le propre des tempêtes explosives, qui sont embarquées dans le jet stream à grande vitesse. On entend beaucoup de rapprochements avec les tempêtes de décembre 1999, avec lesquelles Ciarán aurait des similitudes. Elles étaient également explosives, mais c'est souvent le cas dans l’Atlantique nord. Heureusement, toutes ces tempêtes ne touchent pas l’Europe, elles restent pour la plupart au large. Moi, je serais très prudent dans cette analogie : le mécanisme de formation est le même, mais quant à l’intensité de la tempête à venir ou son impact, il est beaucoup trop tôt pour le dire. 

Des impacts plus importants

Peut-on établir un lien avec le réchauffement climatique, pour cette tempête précisément ou plus généralement ? 

Pas aujourd’hui. On a une grande incertitude quant à l’évolution des tempêtes, dans ce climat qui se réchauffe. Il y a des facteurs propices à la formation des tempêtes qui vont être intensifiés, mais d’autres qui vont être atténués. Les contrastes de température nord-sud s’affaiblissent, par exemple, alors qu’ils sont parmi les conditions de formation des tempêtes. Mais d’autres processus, liés à des échanges d’énergie, se renforcent. On n’observe pas pour le moment d’augmentation de la fréquence des tempêtes. On remarque qu’elles ont tendance à passer plus au nord, mais on ne peut pas encore dire pourquoi.

En revanche, ce qu’on peut affirmer, c’est que quand les tempêtes touchent les continents, on a souvent des impacts plus importants dus aux pluies ou aux vents qu'elles amènent. Et certains sont liés à des effets indirects du changement climatique. Aujourd’hui, par exemple, les impacts sur la végétation, et notamment les arbres, sont plus forts qu’il y a 30 ou 40 ans. Parce que les arbres perdent leurs feuilles plus tard. Les tempêtes d'octobre ou novembre frappent alors que les arbres ont encore leurs feuilles, et offrent donc plus de prise au vent. Les tempêtes ne changent pas en tant que tel, en termes d'intensité de vent ou de pression atmosphérique, mais leurs effets sont plus forts.

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