Pourquoi le Congrès ne parvient toujours pas à protéger les enfants en ligne

Tim Wu - The Atlantic - 30/10
Les Américains sont largement unis pour soutenir des lois visant à rendre Internet plus sûr pour les enfants. Alors pourquoi le Congrès n’agit-il pas ?

Environ une décennie s’est écoulée depuis que les experts ont commencé à comprendre que les médias sociaux pouvaient être réellement dangereux pour les enfants, et en particulier pour les adolescents. Comme pour le tabagisme chez les adolescents, les preuves se sont accumulées lentement, mais elles vont dans des directions claires. Les taux élevés de dépression, d’anxiété et de suicide chez les jeunes sont mesurables et décourageants. Lorsque je travaillais pour la Maison Blanche sur la politique technologique, j'entendais les parents d'enfants qui avaient été exploités ou qui se sont suicidés après de terribles expériences en ligne. Ils nous demandaient de faire quelque chose.

La gravité et la nouveauté du problème suggèrent la nécessité d’une réponse législative fédérale, et on ne peut pas dire que le Congrès ait ignoré la question. En fait, d’après mes calculs, depuis 2017, elle a tenu 39 audiences sur les enfants et les médias sociaux, et neuf entièrement consacrées à ce sujet. Le Congrès a accueilli Frances Haugen, la lanceuse d’alerte de Facebook, en héros. Les dirigeants de Facebook, YouTube et d’autres entreprises ont été dûment convoqués et fustigés par des représentants en colère.

Mais qu’a réellement fait le Congrès ? La réponse est : rien.

Tout le monde sait que le Congrès est aux prises avec des questions polarisantes telles que l’immigration et le contrôle des armes à feu. Mais il s’agit d’un échec à un autre niveau : une incapacité à faire quelque chose d’urgent et extrêmement populaire, malgré l’accord des deux principaux partis, du président et de la grande majorité de la population américaine.

En tant que témoin direct de cet échec, je suis peiné d’admettre que notre gouvernement laisse tomber les parents, les adolescents et les enfants. Le dysfonctionnement du Congrès ne peut être réduit à rien. Mais un fait ressort clairement : depuis une décennie et plus, pas un seul projet de loi visant à protéger les enfants n’a atteint un vote complet à la Chambre ou au Sénat.

Il est facile de lire ceci et de vouloir abandonner complètement le Congrès. Mais ce dont nous, électeurs et citoyens, avons besoin, c’est d’un mécanisme pour forcer les dirigeants du Congrès à s’engager fermement à organiser des votes sur des lois extrêmement populaires. Quel que soit le pouvoir qu’ont pu avoir autrefois l’opinion publique et le devoir moral, ils ne fonctionnent plus.

L’histoire de la législation sur la protection de l’enfance ces dernières années pourrait être enseignée comme une leçon de civisme inversée, où les projets de loi qui ont le soutien du président, du public et des deux chambres du Congrès ne parviennent pas à devenir loi. Il serait presque rassurant de pouvoir blâmer la partisanerie ou les lobbyistes du monde des affaires pour le résultat. Mais c’est une histoire de guer...
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