1995, 2007, 2019 et... 2023. Des Boks quatre étoiles. Pour la quatrième fois en quatre finales de Coupe du monde, l'Afrique du Sud a soulevé le trophée Webb Ellis, samedi 28 octobre, en dominant la Nouvelle-Zélande (11-12), 28 ans après leur seul et unique affrontement à ce stade de la compétition. Le 24 juin 1995, dans une société post-apartheid, la "Nation arc-en-ciel" de Nelson Mandela avait terrassé les dieux maoris (15-12, a.p) pour s'adjuger son tout premier titre planétaire. Trois décennies plus tard, le vent a de nouveau soufflé dans le dos des héritiers du mythique capitaine sud-africain François Pienaar.
Comme en 2007, où ils avaient désépiner le "XV de la Rose" (6-15), les Springboks ont triomphé au Stade de France. Comme en 2019, toujours contre les Anglais (12-32), mais cette fois au Japon, la bande à Faf de Klerk a levé les bras au ciel, faisant d'elle la deuxième nation de l'Histoire, seulement, à conserver son titre mondial, après les All Blacks (doublé en 2011 et 2015).
Une machine bien mieux huilée qu'en 2019
Faf de Klerk, demi de mêlée des "Springboks"
Arrivés en léger retrait dans l'Hexagone, malgré leur statut, une position d'outsider qui ne seyait guère au demi de mêlée sud-africain, les tenants du titre ont reproduit la recette qui a fait leur succès quatre ans auparavant. Une recette quelque peu revisitée : le tandem Jacques Nienaber-Rassie Erasmus, respectivement sélectionneur et directeur du rugby, a associé des trois-quarts plus véloces et créatifs à des avants brutaux, vigoureux et inépuisables. Les deux têtes pensantes se sont aussi appuyées sur l'ossature du groupe champion du monde (30,4 ans de moyenne d'âge, le plus âgé du Mondial). "On est une machine bien mieux huilée. À l'époque, on était vraiment bruts. Ça ne veut pas dire qu'on est meilleurs mais (...) on est en bonne position, sans doute meilleure qu'en 2019", prévenait Faf de Klerk en amont du tournoi.
Versés dans la poule "de la mort", avec l'Irlande, grandissime favorite, et l'Écosse, en embuscade, les Boks ont tenu leur rang sans trembler. Ils ont effeuillé le "Chardon" écossais (18-3) et broyé les "Chênes" roumains (76-0). Mais, une fois confrontés au "Trèfle" irlandais (8-13), dans la "finale" de leur groupe, les Sud-Africains, bien que présents dans l'engagement et la férocité, ont multiplié les ratés face aux perches. Une faiblesse déjà identifiée, rédhibitoire lorsque le niveau s'élève.
Un résultat qui n'a pas entamé leur capital confiance. "Nous pouvons encore gagner la Coupe du monde. Nous jouons la compétition pour la gagner. Nous perdons contre la meilleure équipe du monde, de cinq points, et nous avons l'occasion de gagner dans les dernières minutes", relativisait Jacques Nienaber, l'ex-fidèle adjoint de Rassie Erasmus. Peut-être parce qu'il savait que, le match de l'Irlande passé, il aurait en sa possession une botte secrète, en la personne d'Handré Pollard, pour régler la mire dans l'exercice des tirs au but (11 tentatives réussies sur 23, lors des trois premiers matchs).
Handré Pollard n'est pas Superman
Rassie Erasmus, directeur du rugby sud-africain
Écarté de la sélection initiale, en raison d'une blessure à un mollet, l'ouvreur de Leicester, buteur émérite, à l'origine de 22 des 32 points lors de la finale de 2019, a été rappelé en remplacement de Malcolm Marx, blessé. Un choix stratégique induit par les piètres performances de Mannie Libbok et Faf de Klerk, au risque de jouer le reste de la compétition avec un seul talonneur de métier. Bien en a valu au staff sud-africain. Et ce, malgré la prudence (surjouée ou excessive ?) de Rassie Erasmus. "Handré Pollard n'est pas Superman", tempérait l'homme qui a remis l'Afrique du Sud sur le toit du monde en 2019.
Face aux Tonga (49-18), où il s'est testé, le champion de France 2022 avec Montpellier a démontré qu'il n'avait rien perdu de ses qualités (4 transformations sur 4). De quoi rassurer les Springboks, avant leur quart de finale contre la France. Une "bataille épique", de laquelle les coéquipiers du supersonique Cheslin Kolbe sont sortis vainqueurs (28-29). Au-delà de l'arbitrage de Ben O'Keeffe, critiqué à tort ou à raison, la différence s'est faite sur le pré du Stade de France. L'Afrique du Sud a pu compter sur sa stratégie audacieuse, mais pas sans risque - un banc en "5-3" (cinq avants et trois arrières) -, et le sang-froid de Handré Pollard, auteur d'une pénalité de 50 mètres en fin de match (25-29 à la 69e minute) pour forcer la décision.
Déterminants face aux Bleus, l'un comme l'autre l'ont été tout auta...
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