L’industrie du divertissement est-elle en train de foncer droit dans le mur ? Alors que la barre des 100 jours de grève a été franchie samedi 21 octobre, avec des milliards de dollars de pertes à la clé, le syndicat des acteurs a repris les négociations avec les représentants des studios en début de semaine. Imaginez un peu la scène…
D’un côté de la table, une délégation du SAG-AFTRA, emmenée par sa présidente la comédienne Fran Drescher, ex-vedette de la série Une nounou d’enfer, remontée comme jamais. De l’autre, un quatuor composé de quatre des patrons les plus puissants à Hollywood : Bob Iger de Disney, David Zaslav de Warner, Donna Langley de Universal et Ted Sarandos de Netflix.
De leurs discussions à huis clos dans les bureaux du SAG-AFTRA à Burbank, peu de choses ont émergé sinon qu’on est encore loin, très loin, d’un accord qui mettra fin à une crise qui paralyse les tournages aux États-Unis et partout dans le monde depuis le début de l’été. La raison ? Les acteurs se montrent bien plus gourmands que leurs collègues scénaristes qui ont conclu un deal avec les studios fin septembre.
Sur la partie financière, le nerf de la guerre, le SAG-AFTRA réclame sa part du gâteau sur les revenus des plateformes de streaming, qui commandent aujourd’hui la majorité des nouveaux films et séries. La demande du syndicat : 0,57 dollar (0,54 euro) par an sur chaque abonnement à une plateforme dans le monde. Une "taxe" qui permettrait de lever 500 millions de dollars par an afin de financer les retraites et l’assurance maladie de ses 160.000 membres.
Depuis le début des discussions, les patrons des studios refusent catégoriquement cette proposition, estimant qu’elle mettrait "en péril" leur équilibre économique, dans un contexte concurrentiel qui devrait déjà les contraindre à augmenter les tarifs des abonnements dans les prochains mois. Comme l’ont accepté les scénaristes, ils proposent en revanche des "bonus" déclenchés en fonction du succès d’un programme sur une période donnée. Mais pas plus.
Le SAG-AFTRA réclame également une hausse du salaire minimum afin de compenser l’inflation et la hausse du coût de la vie. Au début de la grève, le syndicat exigeait 11% tandis que les studios consentaient 5%, comme pour les scénaristes. Lors des dernières négociations ce mardi, ils ont accepté de grimper jusqu’à 7%. Un effort insuffisant, alors que les deux camps doivent se retrouver ce vendredi.
Nous n’avons pas cessé de travailler pendant des mois pour abandonner tout ce pour quoi nous nous sommes battus
Les membres du syndicat SAG-AFTRA
C’est à craindre puisque dans une lettre ouverte publiée ce jeudi, 3600 membres influents du SAG-AFTRA dont Bryan Cranston (Breaking Bad), Jon Hamm (Mad Men), Julia Louis-Dreyfus (Veep) ou encore Maya Hawke (Stranger Things) déclarent qu’ils sont "prêts à faire grève aussi longtemps que ce sera nécessaire et d’endurer toutes les conséquences pour obtenir un accord digne de notre sacrifice collectif".
"Nous n’avons pas fait tout ce chemin pour céder", écrivent-ils encore. "Nous n’avons pas cessé de travailler, d’être sans salaire et de marcher sur les piquets de grèves pendant des mois pour abandonner tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Nous ne pouvons pas accepter un contrat qui ne règle pas les problèmes vitaux et existentiels que nous devons tous régler."
Si les acteurs montrent les dents, c’est aussi parce que durant les dernières négociations, les patrons des studios auraient prévenu que si la grève s'éternisait, ils pourraient être contraints d’annuler plusieurs séries en cours de production. Une perspective vécue comme une menace par la profession qui traverse son conflit social le plus lourd depuis les années 1960. Et on ne parle même plus de l’intelligence artificielle !
Sur ce dossier un brin surréaliste, le SAG-AFTRA réclame un droit de véto sur la fabrication de doublures numériques de ses membres tandis que les syndicats promettent de demander le consentement écrit d’un acteur afin de pouvoir réutiliser son apparence et sa voix à l’infini… sans la moindre contrepartie financière ?
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