Le 12 octobre, quelques jours après l'attaque du Hamas contre Israël, Les Vérificateurs mettaient en garde contre des images partagées sur les réseaux sociaux, montrant des enfants présentés comme israéliens et mis en cage après leur kidnapping. S'il s'agissait alors d'une séquence mise en scène et détournée une fois mise en ligne, ces derniers jours une autre vidéo émerge, prétendant montrer, cette fois, de jeunes Palestiniens.
En légende, il est écrit que les soldats de Tsahal arrêtent des mineurs pour les placer, là encore, dans des cages. Une scène présentée de manière réductrice et parcellaire, et qui se révèle surtout vieille de plusieurs années.
Si l'on s'en tient aux seules images relayées en ligne, on observe des soldats israéliens qui interpellent des adolescents, avant de les conduire jusqu'à ce qui est décrit comme un checkpoint. Les jeunes étant menottés par les militaires, avant de se voir placés dans une sorte de grande cellule métallique.
La présence d'un logo nous permet toutefois d'identifier assez rapidement l'origine de cette vidéo. On observe en effet dans le coin supérieur gauche un logo sur lequel figure l'inscription "B'Tselem". De brèves recherches en ligne nous conduisent alors au site Internet du centre israélien d'information pour les droits de l'Homme dans les territoires occupés, une ONG fondée en 1989 dans l'État hébreu.
On retrouve non seulement la trace de la vidéo en question, mais celle-ci est présentée dans une version longue, accompagnée d'un texte permettant de situer le contexte et le déroulement des faits. Premier constat : les images n'ont rien à voir avec le conflit actuel. Cette scène ne s'est pas déroulée à Gaza, mais dans la ville d'Hébron, en Cisjordanie. "Après la prière de midi du vendredi 13 octobre 2017, des jeunes ont lancé des pierres sur des soldats dans le quartier de Bab a-Zawiya, au centre-ville", apprend-on. C'est alors que les soldats de Tsahal sont intervenus, procédant à des arrestations et à une série d'interrogatoires. Les jeunes ont finalement été relâchés, plusieurs heures plus tard.
Si les témoins décrivent des interventions parfois musclées de la part de militaires, il n'est pas fait mention d'un placement dans des "cages" par l'ONG. L'association, à travers son récit des faits, insiste d'ailleurs plutôt sur le fait que les mineurs interpellés aient été "interrogés sans la présence d'un avocat ou d'un membre de leur famille", plutôt que sur le lieu où ils ont été rassemblés, dont il n'est pas fait de mention particulière.
Cette vidéo, on le constate, n'est pas liée à la guerre déclarée à la suite des attaques terroristes du 7 octobre. Elle est aussi raccourcie de manière trompeuse puisque dans la version originale mise en ligne par B'Tselem, il est précisé que les jeunes ont fini par être relâchés. Une mention qui a volontairement été coupée lors du montage de la séquence relayée ces derniers jours, laissant penser à une détention prolongée de mineurs arrêtés.
Les éléments fournis par B'Tselem peuvent être jugés fiables. Il s'agit en effet d'une ONG dont les travaux et le sérieux sont mis en avant depuis de longues années. En 2018, cette structure a notamment reçu le Prix des Droits de l'homme de la République française, délivré par une institution publique : la Commission nationale consultative des droits de l’homme.
Depuis plus d'une décennie, le mode d'action de l'ONG a évolué. Elle explique avoir "créé un département vidéo en vue d'incorporer l'imagerie visuelle dans son travail de documentation des violations des droits de l'Homme dans les territoires occupés". B’Tselem fournit notamment des caméras vidéo et des formations aux Palestiniens vivant en Cisjordanie, de manière à leur permettre de documenter le quotidien des populations et d'enrichir de preuves les rapports réguliers qui sont réalisés. "Les images offrent une expérience directe qui ne peut être ignorée, obligeant le spectateur à faire face à la réalité", fait remarquer le site de l'ONG.
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