Attentat d’Arras : comment la DGSI a échoué à accéder aux messages cryptés de Mogouchkov

Par Etienne Girard et Eric MandonnetPublié le 23/10/2023 à 05:41 Partager cet article X - L'Express - 23/10
Le terroriste échangeait sur Snapchat avec un détenu radicalisé et prosélyte. Jusqu’au meurtre de Dominique Bernard, la DGSI n’a pu accéder aux contenus de ces conversations, faute de réussir à pirater son téléphone.

Les attentats en France ont parfois montré des failles au sein de l’Etat. Les attaques du 13 novembre 2015 avaient mis en lumière l’utilisation de la "route des migrants" par les terroristes. Le meurtre du père Hamel à Saint-Etienne-de-Rouvray, le 26 juillet 2016, a résulté du manque de communication entre les services de renseignement, tous alertés de la dangerosité d’Adel Kermiche. L’assassinat de Samuel Paty a souligné la vulnérabilité des enseignants, livrés à eux-mêmes face à un engrenage de haine. S’agissant de l’attentat d’Arras, vendredi 13 octobre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a exclu toute "faille des services de renseignement, bien au contraire".

Selon nos informations, s’il n’est pas question d’une erreur, le travail de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a bel et bien été compliqué par une immense faiblesse technique : l’incapacité du service secret français à accéder aux conversations du terroriste, Mohammed Mogouchkov, sur les messageries cryptées, WhatsApp, Signal, Telegram et Snapchat. L’enquête judiciaire en cours montre d’ailleurs que l’assaillant entretenait une correspondance troublante sur Snapchat avec un détenu fiché S pour radicalisation islamiste, Maxime C., par l’intermédiaire d’un des membres de la famille de ce dernier. Dans une de ces missives, le prisonnier radicalisé et prosélyte évoque "la mort douce avec l’épée à la main", selon Le Parisien.

Le contrôle d’identité diligenté à l’encontre de Mogouchkov par les policiers, jeudi 12 octobre, la veille de l’attentat, avait notamment pour but de placer un logiciel espion dans son téléphone portable. Gérald Darmanin l’a reconnu au détour d’une réponse passée inaperçue lors de sa conférence de presse du 14 octobre : "La veille de l’attentat, nous avons procédé à l’interpellation de cette personne pour vérifier qu’il n’avait pas des armes sur lui mais aussi pour procéder à d’autres techniques de renseignement plus intrusives, c’est-à-dire notamment d’avoir accès à son téléphone et aux messageries cryptées de son téléphone."

Placé sur écoutes puis fiché S

Las, l’opération n’a pas eu lieu. Un haut cadre du ministère de l’Intér...
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