Il n'y a pas de règles

Anne Applebaum - The Atlantic - 09/10
Les États et quasi-États recourent à une violence extrême et débridée contre les populations civiles.

L’« ordre mondial fondé sur des règles » est un système de normes et de valeurs qui décrivent comment le monde devrait fonctionner, et non comment il fonctionne réellement. Cet ordre ambitieux trouve ses racines dans les lendemains idéalistes de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'il a été transcrit dans une série de documents : la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme, la Convention des Nations Unies sur le génocide et les Conventions de Genève sur les lois du la guerre, entre autres. Depuis leur rédaction il y a plus de sept décennies, ces documents ont souvent été ignorés. La Convention des Nations Unies sur le génocide n'a pas empêché le génocide au Rwanda. Les Conventions de Genève n’ont pas empêché les Vietnamiens de torturer les prisonniers de guerre américains, n’ont pas empêché les Américains à Abu Ghraib de torturer les prisonniers de guerre irakiens et n’ont pas empêché les Russes de torturer les prisonniers de guerre ukrainiens aujourd’hui. Parmi les signataires de la Déclaration universelle des droits de l'homme figurent des violateurs connus des droits de l'homme, parmi lesquels la Chine, Cuba, l'Iran et le Venezuela. La Commission des droits de l’homme de l’ONU est devenue depuis longtemps une parodie.

Néanmoins, ces documents ont influencé le comportement réel dans le monde réel. Les dissidents soviétiques avaient l'habitude d'embarrasser leur gouvernement en pointant du doigt les termes relatifs aux droits de l'homme contenus dans les traités que le Kremlin avait signés et qu'il ne respectait pas. Même lorsqu’ils menaient des guerres brutales ou coloniales, les pays qui avaient signé des traités sur les lois de la guerre essayaient...
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