Il y a trente ans ce mois-ci, le président russe Boris Eltsine ordonnait aux tanks de bombarder le parlement – un bâtiment de type gâteau de mariage au centre de Moscou appelé la Maison Blanche – puis d'arrêter ses dirigeants, qui s'étaient rebellés contre son gouvernement. Certains considèrent cet incident comme (selon les termes d’un historien) un « tournant dans l’échec de la Russie à développer la démocratie » – traçant une ligne droite entre la suppression du pouvoir législatif par Eltsine en 1993 et la dictature à part entière de Vladimir Poutine aujourd’hui.
Je ne suis pas d’accord, et je le fais non seulement en tant qu’historien occasionnel, mais en tant que journaliste qui a été là-bas de 1992 à 1995, observant de près et relatant les événements dramatiques de l’époque en tant que chef du bureau de Moscou du Boston Globe.
Il est peut-être possible de tracer une ligne de démarcation entre les règnes d’Eltsine et de Poutine, les deux premiers dirigeants (très différents) de la Russie post-communiste. Mais les racines du poutinisme sont bien plus profondes – et le bombardement de la Maison Blanche par Eltsine était, loin d’être un tournant vers le terrorisme, une mesure nécessaire de contre-terrorisme : une réponse à un danger clair et présent qui menaçait d’effacer ses réformes naissantes et de faire reculer la Russie. aux jours les plus sombres du régime soviétique.
L’idée selon laquelle les rebelles du Parlement, dirigés par le vice-président Alexandre Rutskoi, étaient de simples démocrates protestant contre les pouvoirs présidentiels croissants d’Eltsine et sa politique économique radicale, est absurde. Il s’agissait d’une bande de communistes – dont beaucoup étaient issus du corps législatif de l’URSS, le Soviet suprême, qui était encore le nom du parlement – et de purement fascistes, essayant de monter un coup d’État. Certains d’entre eux envisageaient explicitement de reprendre le putsch organisé deux ans plus tôt contre le dirigeant réformateur soviétique Mikhaïl Gorbatchev.
Je me souviens très bien de m'être promené dans les couloirs du Parlement le samedi 2 octobre, deux jours avant le bombardement, observant nerveusement les rebelles accroupis - beaucoup d'entre eux ivres, piétinant avec des bottes noires, tenant dans leurs bras des fusils lourds ou des mitraillettes, qu'ils ' d récupéré dans l'armurerie au sous-sol. Certains étaient députés. Certains étaient des miliciens volontaires recrutés dans les rangs des Cosaques (fouets passés dans les passants de leur ceinture) ou des néo-nazis.
Quelques semaines plus tôt, le président du Soviet suprême, Rouslan Khasbulatov, avait convoqué une séance pour voter sur la destitution d’Eltsine. Une...
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