Mort d’un jeune Guinéen près d’Angoulême : les failles de la version policière - France Bleu

Cellule investigation de Radio France France Bleu - France Bleu - 09/10
Deux semaines avant la mort de Nahel, un autre jeune homme mourait d'un tir de policier suite à un refus d’obtempérer. La cellule investigation de Radio France et Mediapart, pointent des contradictions dans les témoignages des policiers qui étaient présents.

Le drame s’est déroulé deux semaines avant la mort de Nahel à Nanterre qui a enflammé la France entière. Le 14 juin 2023, un autre jeune homme mourait d’un tir policier dans des circonstances suspectes. Deux faits similaires donc, mais avec une différence de taille : à Angoulême aucune image n’a circulé. Ce jour-là, vers quatre heures du matin, Alhoussein Camara, un Guinéen de 19 ans en France depuis 2018 et qui venait d’obtenir son permis de conduire, quitte son foyer de jeunes travailleurs pour se rendre comme tous les jours à son travail sur une base logistique d’Intermarché au volant de sa Peugeot 307. 25 minutes plus tard, il trouve la mort à un feu rouge à Saint-Yrieix-sur-Charente, une commune proche d’Angoulême, suite au tir d’un policier de la Brigade de nuit.

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Selon la version du policier auteur du coup de feu mortel, le véhicule du jeune Guinéen aurait été repéré en train de zigzaguer sur la route. Alhoussein Camara aurait alors refusé d’obtempérer jusqu’à ce qu’il finisse par s’arrêter à un feu rouge. Il aurait tenté de fuir en fonçant sur un policier qui aurait été contraint de tirer. Ce “refus d’obtempérer” surprend des proches de la victime, étant donné le profil du jeune homme décrit comme bien intégré, calme et respectueux. La famille d’Alhoussein Camara, défendue par Me Arié Alimi, a déposé plainte. Une information judiciaire a été ouverte au Tribunal judiciaire d’Angoulême. Le 28 juin 2023, le policier auteur du coup de feu a été mis en examen pour homicide volontaire. Mais jusqu’ici, les circonstances exactes du drame n’avaient jamais été révélées. Et les premiers éléments de l’enquête auxquels la cellule investigation de Radio France et Mediapart ont pu avoir accès, permettent d’éclairer ce qui a pu se passer.

Pas d’infraction routière

Ce qui surprend d’abord, c’est que le brigadier PP (comme pour tous les protagonistes, nous n’utiliserons que les initiales de son identité), auteur du coup de feu, va changer de version. S’il parle de voiture en train de zigzaguer, dans un premier temps, il a pourtant affirmé n’avoir pas repéré de comportement particulièrement inhabituel du véhicule d’Alhoussein Camara après qu’il a quitté son foyer de jeunes travailleurs.

En audition libre le 14 juin 2023, le brigadier PP évoque une conduite “aléatoire” et “saccadée”. Puis, quelques jours plus tard, dans le cadre de la plainte déposée pour refus d’obtempérer et violence volontaire avec arme, il déclare : “Je me souviens qu’en termes de vitesse, rien ne m’a choqué. On a décidé de le suivre puis de le contrôler dans le cadre d’un contrôle routier classique. De mémoire, il me semble qu’il se déportait un peu sur la voie ...
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