Catherine Colonna évoque un "nettoyage ethnique" dans le Haut-Karabakh : de quoi parle-t-on ?

LCI - 06/10
[VIDÉO] - La ministre des Affaires étrangères a estimé jeudi que l'"exode forcé" en cours dans l'enclave du Haut-Karabakh "ressemble" à une épuration ethnique. Les voix sont nombreuses en France à dénoncer un "nettoyage ethnique" dans cette région après la victoire éclair de l'Azerbaïdjan. Cette politique vise à "faire disparaître" une population dans une zone donnée, bien qu'elle ne soit pas reconnue par le droit international.

La ministre des Affaires étrangères a estimé jeudi que l'"exode forcé" en cours dans l'enclave du Haut-Karabakh "ressemble" à une épuration ethnique.
Les voix sont nombreuses en France à dénoncer un "nettoyage ethnique" dans cette région après la victoire éclair de l'Azerbaïdjan.
Cette politique vise à "faire disparaître" une population dans une zone donnée, bien qu'elle ne soit pas reconnue par le droit international.

Un exode massif, après une attaque éclair toute aussi furtive qu'écrasante. La fuite de plus de 100.000 Arméniens de l'enclave du Haut-Karabakh, après l'assaut réussi de l'Azerbaïdjan, est un "exode forcé" qui "ressemble" à de l'épuration ethnique, a estimé jeudi la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna sur France 2, deux jours après sa visite en Arménie. Comme elle, de nombreux responsables politiques français dénoncent un "nettoyage ethnique" dans la région, une arme régulièrement dénoncée ces dernières décennies lors de différents conflits, bien que sa définition n'ait jamais été précisément arrêtée.

Ce terme n'est pas caractérisé dans le droit international, n'étant pas reconnu comme un crime en tant que tel par le Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI), contrairement au crime de guerre ou au génocide. Son origine exacte reste encore floue, mais il semblerait qu'elle remonte aux années 1990, lors du conflit en ex-Yougoslavie, comme traduction littérale de l'expression serbo-croate "etničko čišćenje", explique le site de l'ONU.

"Politique délibérée" de "violence" et de "terreur"

La République fédérale socialiste de Yougoslavie s'était disloquée selon des lignes de fracture ethniques, entraînant une série de guerres meurtrières. La formule figure alors pour la première fois dans des résolutions du Conseil de sécurité et de l'Assemblée générale des Nations Unies, puis reprise dans les jugements et actes d'accusation du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, crée en 1993. 

Si aucune définition précise n'existe, l'ONU renvoie toutefois à l'une de ses commissions d'experts qui avait défini, dans le cadre de ce conflit, le nettoyage ethnique comme "une politique délibérée conçue par un groupe ethnique ou religieux visant à faire disparaître, par le recours à la violence et à la terreur, des populations civiles appartenant à une communauté ethnique ou religieuse distincte de certaines zones géographiques". Elle tendrait à "rendre une zone ethniquement homogène" en faisant disparaître "des personnes appartenant à des groupes déterminés".

Les experts ont également listé plusieurs attaques pour parvenir à ces fins, parmi lesquelles assassinats, détentions arbitraires, confinement dans des ghettos, viols, déplacements et déportations de populations civiles. Toujours selon cette commission, ces pratiques pouvaient correspondre à des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité. Poussé à l'extrême, le "nettoyage ethnique" peut aussi mener à la destruction totale ou partielle d'un groupe ethnique et/ou religieux, autrement dit un génocide, et donc relever de la Convention sur le sujet.

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Mais cette notion "a généré bien des controverses", certains considérant qu'elle recoupe le terme de génocide, explique dans un article un spécialiste américain des droits de l'homme internationaux, George Andreopoulos. Mais l'intention peut varier entre les deux situations : "alors que le but premier d'un génocide est la destruction d'un groupe ethnique, racial ou religieux, la visée principale d'un nettoyage ethnique est l'établissement de zones se caractérisant par leur homogénéité ethnique, ce qui peut se réaliser par un certain nombre de moyens, dont le génocide fait partie", détaille le professeur de sciences politiques.

À titre d'exemple, lors du conflit en ex-Yougoslavie, le calvaire de l'enclave de Srebrenica qui s'est soldé en juillet 1995 par le massacre de près de 8000 hommes et garçons musulmans a été qualifié de génocide par la justice internationale. Mais il illustre aussi la politique de "nettoyage ethnique" menée par les forces serbes de Bosnie pour chasser les musulmans des zones clés de Bosnie.

Cette stratégie a ensuite été dénoncée lors de nombreux autres conflits. Des faits de "nettoyages ethniques" ont notamment été soulevés en Tchétchénie dans les années 1990. En 2007, le Comité des droits de l'homme de l'ONU s'était alarmé d'un "nettoyage ethnique" orchestré par le régime du Soudan, dans la région du Darfour déchirée par la guerre civile. La notion avait aussi été brandie par Washington en 2017 lors de la fuite de 750.000 R...
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