Des festins de ministres aux aides alimentaires, des burgers à la truffe à l'accaparement des terres, du brevetage du vivant au monopole du bon goût, en passant par la grossophobie, l'agrobusiness, le Nutri-Score ou les scandales sanitaires, la nourriture est un plaisir pour qui en a les moyens, mais aussi un instrument de pouvoir et de coercition, qui laisse sur leur faim les plus démuni·es...
Dans Mangez les riches – La lutte des classes passe par l'assiette, paru le 6 octobre 2023 chez Nouriturfu, Nora Bouazzouni pose la question qui tue: et si le temps était venu de manger les riches? Nous publions ici quelques extraits de cet ouvrage.
Personne n'échappe à son jugement et pourtant, le bon goût n'est pas une loi naturelle universelle anhistorique. Ce qui est considéré comme «bon à manger et bon à penser», pour citer l'anthropologue Claude Levi-Strauss, ne l'était pas nécessairement il y a trente ans ou trois siècles. Les normes sociales, sanitaires ou médicales évoluent et diffèrent en fonction des lieux, des époques, des cultures.
Aujourd'hui, par exemple, il est de bon ton pour les classes occidentales favorisées de diminuer leur consommation de viande, de rejeter la «malbouffe», d'acheter ses fruits et légumes via une AMAP et de revendiquer une forme de frugalité. Dans les années 1970, la «nouvelle cuisine» a cherché à redéfinir le canon gastronomique français en mettant le produit au cœur de l'assiette et en rejetant les riches sauces typiques des plats hexagonaux.
«Ce que l'on mange ne dépend pas seulement de son revenu, mais aussi de sa position dans la société.»Maurice Halbwachs, sociologue
La valeur d'un aliment ou d'une pratique alimentaire renvoie à sa désirabilité sociale, c'est-à-dire son adéquation «avec les normes sociales en vigueur dans un contexte social ou culturel donné. Ainsi sont définis comme socialement désirables les pensées et comportements en ac...
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