L'histoire paraît à peine croyable. Depuis le début du procès de l'évasion par hélicoptère de Rédoine Faïd, début septembre, un accusé comparaît le visage caché. Placé derrière un paravent, son identité et son apparence sont gardées secrètes et pour cause, l'homme a révélé des informations sur le braqueur multirécidiviste et une figure du grand banditisme corse.
Problème : jeudi, au début de son interrogatoire, son visage est apparu sur les écrans destinés au public dans la salle d'audience, révélant ainsi ses traits aux personnes présents dans le tribunal.
Celui qui est appelé "Marc" a changé d'identité et de vie, comme sa femme et leurs trois enfants, après avoir "balancé" en 2017 son "ex-ami" Jacques Mariani, figure du grand banditisme corse, dans plusieurs affaires et notamment un double assassinat. Il avait également affirmé aux policiers que Rédoine Faïd avait demandé, via une lettre, à Mariani, 58 ans dont 38 passées en prison, de l'aider à s'évader d'une autre prison, un an avant Réau (2018), en échange d'assassinats ciblés d'un clan rival corse.
L'accusé a reconnu avoir joué le rôle d'intermédiaire entre les deux familles pour ce projet d'évasion avorté. Des accusations que Rédoine Faïd et Jacques Mariani contestent tous deux fermement.
Face à ces déclarations, "Marc" était protégé lors de ce procès. Depuis le début de l'audience, de multiples précautions sont prises pour que personne dans le public ne puisse l'apercevoir. Lors des suspensions d'audience, la salle est systématiquement vidée pour qu'il puisse sortir en toute discrétion. Lorsqu'il est présent, il est installé sur une partie des bancs des accusés cachée derrière un paravent. Au début du procès, alors qu'il s'était avancé pour témoigner devant la cour pour son interrogatoire de personnalité, le paravent avait été déplacé devant la barre pour le protéger.
C'est ce qui a été fait aussi jeudi. Mais au moment où "Marc" a pris la parole, il est soudain apparu sur tous les écrans diffusant l'audience au public. "On le voit !", ont crié des membres de la salle, alors que les proches de Jacques Mariani, présents dans le public, montraient leur enthousiasme de découvrir enfin le visage de celui qui a balancé "plus de 30 fois" la figure du grand banditisme corse.
Et ils ont eu le temps de voir "Marc" de plain-pied durant plusieurs minutes, la cour ne s'étant pas rendu compte immédiatement du problème. Ce sont les gendarmes et son avocate qui ont ensuite tenté maladroitement de cacher l'accusé de 48 ans avec un pan de paravent ou leur corps, alors qu'une autre avocate a tenté d'intervenir avec un bout de tissu. Après une suspension d'audience et une fois le public de retour dans la salle, la présidente Frédérique Aline a indiqué qu'une photo "avait été prise" et "diffusée sur les réseaux sociaux".
Elle a demandé aux gendarmes de "ne laisser sortir personne" et de vérifier tous les téléphones portables du public, sans que rien ne soit découvert. Un "mépris des règles élémentaires" qui ne fait "que légitimer les mesures mises en œuvre" pour masquer l'accusé, a alors fulminé la magistrate. Les avocats généraux ont annoncé l'ouverture d'une enquête administrative pour "comprendre" l'origine du bug technique.
L'audition de "Marc" s'est ensuite poursuivie et le public a pu découvrir le parcours étonnant de l'accusé : un homme qui a fait de la politique, condamné pour des faux en écriture et à l'origine de rencontres de parlementaires avec Bachar al-Assad en 2015 avant, selon lui, de rencontrer Jacques Mariani "par hasard".
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